1. Une histoire qui ne doit pas s'ébruiter


    Datte: 22/07/2022, Catégories: fh, uniforme, confession, mélo, policier, Auteur: Radagast, Source: Revebebe

    ... bien épais, un vieux truc à la couverture de cuir râpée, à la couleur indéterminée, mais passée, aux coins cornés, de la taille d’un vieil agenda que les enfants achetaient à la rentrée des classes. Un gros élastique ferme le tout et empêche des feuilles volantes de s’échapper.
    
    Un carnet qui a dû en voir des vertes et des pas mûres, qui a dû être lu et relu de nombreuses fois, à en juger par l’usure de la tranche et de la reliure.
    
    — Lisez-le, dites-moi ce que vous en pensez, juste ce que vous pensez de cette histoire. Tenez, voici mon adresse et mon numéro de téléphone, vous me préviendrez lorsque vous en aurez terminé la lecture. Vous me direz si ça vous inspire pour un texte.
    
    Elle se met sur la pointe des pieds et me plante un baiser sur la joue et se sauve à l’autre bout du jardin. C’est bien la première fois qu’un gendarme m’embrasse. La sensation n’en était pas désagréable, j’y prendrai vite goût, à moins que le prochain ne soit bedonnant, moustachu et parfumé au pastaga.
    
    Je résiste à l’envie d’ouvrir ce cahier de suite, je préfère le lire chez moi à tête reposée. Je le range soigneusement dans mon sac et retourne célébrer la délivrance de mon ami.
    
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    Le soir, allongé dans mon lit, je songe à cette jolie représentante des forces de l’ordre. N’ayant pas sommeil, je vais chercher son fameux livret pour en entamer la lecture. Je ne me doute pas à cet instant que je m’apprête à passer la plus étrange nuit blanche de ma vie.
    
    Je retire ...
    ... l’élastique ceignant l’ouvrage et quelques photos s’en échappent. Celles d’une jeune femme brune au regard mélancolique, pour ne pas dire triste. Si les premières me semblent normales, les suivantes me glacent le sang.
    
    La belle brune porte sur tout le corps des taches couleur de ciel.
    
    Le visage couvert d’ecchymoses, les yeux pochés, les lèvres fendues. Sur certains clichés, je peux voir un peu de sang couler du nez ou envahir le blanc de l’œil. Des marques de doigts violacés sur la peau blanche d’un bras, du cou ou encore un hématome sur un ventre fragile complètent ce musée des horreurs.
    
    Sur la première page, une simple phrase à l’encre bleue, une phrase à l’écriture appliquée, je sens le narrateur désireux de bien calligraphier chaque mot afin de bien se faire entendre.
    
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    Voilà, le texte se terminait ainsi. Une banale et sordide histoire, comme il en arrivait tant, il en arrivait encore trop. Je restais toutefois sur ma faim.
    
    Pourquoi m’avoir donné ce carnet avec tant de cérémonie et de précaution, si c’était pour se terminer ainsi.
    
    Tout en réfléchissant, je manipulais et étudiais l’objet. Une couverture en cuir un peu râpé. En l’observant d’un peu plus près, je vis qu’une partie des feuilles manquait, mais je trouvais aussi les couvertures bien épaisses, trop épaisses même.
    
    Saisi d’un doute, j’allais chercher mon couteau, un Laguiole tranchant comme un rasoir.
    
    L’inspecteur Colombo allait opérer, ou Clouzot ...