1. Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 3


    Datte: 21/07/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds

    ... qu’un politique navigue dans les sens du courant, il reste intouchable, encore une raison de vouloir une révolution.
    
    – La pauvre va se faire bouffer toute crue ici.
    
    Le sourire sans joie de Christelle démontre que j’ai raison, Laval à l’autre bout de la table l’a remarquée, on dirait un fauve guettant sa proie. Ne plus être la cible privilégiée de la prédatrice du bloc A me rassure à peine ; d’abord, rien ne prouve que cette salope ne reviendra pas à la charge après avoir obtenu ce qu’elle veut de la nouvelle. Et merde, je ne vais pas rester simple spectatrice comme les autres. Le pied de ma codétenue sous la table me rappelle à l’ordre.
    
    – Laisse tomber, à moins que tu te moques des conséquences, ça ne la protègera pas pour autant. Laval va y aller mollo, les surveillantes interviendraient.
    
    Profiter d’une pauvre fille au prétexte de la protéger, c’était déjà aller trop loin pour moi, la toubib n’est peut-être pas la seule à jouir de sa position. Pourtant, malgré une apparente froideur, Christelle bout d’intervenir.
    
    – C’est bon, soupire-t-elle fataliste, je vais m’en occuper. Toi, tu restes en dehors de cette histoire. J’ai ta parole ?
    
    Mon sourire la rassure à peine. Pourquoi ? Je suis sincère, elle devrait le savoir. La promiscuité imposée amène la complicité, on arrive à se comprendre avec un minimum de mots.
    
    Les portes des cellules resteront déverrouillées jusqu’au repas du soir, les détenues peuvent se déplacer à leur guise sous l’œil indiscret ...
    ... des caméras. Le dimanche après-midi est aussi le moment des visites tant attendues, j’assiste de ma couchette au va-et-vient dans la coursive. Profiter du rez-de-chaussée transformé en salle de jeux, faire semblant d’aller bien quand ma petite sœur me manque ? Très peu pour moi. J’ai hâte d’arriver à demain, de noyer ma solitude dans le tourbillon du boulot, ma haine du système se nourrit de l’ennui. Ma codétenue patiente sur son pieu, silencieuse, les yeux dans le vague. Comment fait-elle ? L’habitude sans doute.
    
    – Vous êtes prête, Maillard ? Il y a du boulot qui nous attend.
    
    J’ouvre les yeux, la surveillante en chef se tient à l’entrée de la cellule, droite, froide, les bras croisés durcissent son attitude bien qu’elle soit la seule à vouvoyer les détenues. Christelle se lève, un léger sourire en coin montre qu’elle patiente depuis tout à l’heure. Je m’attendais à ce qu’elle reçoive une autre visite que celle-là. Trouver du plaisir à se voir attribuer une corvée me dépasse, surtout un dimanche, le seul jour où les matonnes sont censées nous foutre la paix. Au moins, ça nous fera un nouveau sujet de discussion à son retour.
    
    – Elle a envie d’écrire à sa petite sœur, c’est possible ?
    
    La voix délicate, presque suppliante, de ma codétenue m’amuserait en de meilleures circonstances. Quelle comédienne ! La matonne hésite un instant, puis extirpe un drôle de petit tube de sa poche, en fait une clé qui ouvre un panneau dans la cloison au-dessus de la table. Un clavier ...
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