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Un deuil peu commun... (4)
Datte: 20/06/2022, Catégories: Trash, Auteur: antonin mordore, Source: Xstory
Cécile avait les mains sur son plan de travail, dans sa cuisine. Ou plutôt, elles semblaient se raccrocher à cette plaque de marbre, comme celles d’un noyé, fuyant les flots ravageurs de l’océan après un naufrage, à sa planche de survie ! Et c’est vrai que ce qui se passait à ce moment-là, dans son esprit, était en quelque sorte une tempête, mais affective et psychologique ! Cécile souffrait, elle aurait voulu appeler à l’aide, tel le naufragé hurlant, pour couvrir le bruit des flots tumultueux, à l’adresse d’un chalutier passant par là... mais elle était seule, seule, dans la barque solitaire de son existence qui semblait chavirer à chaque instant. De multiples pensées envahissaient son esprit, des courants contraires qui la propulsaient dans un maelstrom de confusion mentale ! Elle était là, telle la sirène qui allait circonvenir et dominer de toute la puissance de sa féminité, les deux hommes, présents dans le salon à côté, naufrageurs de son âme, ou simplement passagers solitaires et involontaires, embarqués eux aussi dans les remous dangereux d’une mer, à l’approche des récifs de l’existence ? Cécile se regardait dans la porte du réfrigérateur américain à doubles battants, dont le vernis noir lui renvoyait son image, tel le reflet de la sirène, se mirant dans l’eau calme d’une crique : maquillage un peu outrancier, avec des yeux dont les contours étaient soulignés par un crayon noir brillant, rouge à lèvres rouge carmin, bottes en cuir noir à talon haut, qui ...
... lui montaient au-dessous du genou, jambes gainées de bas résille... cela faisait "plus pute", ainsi que l’avait exprimé son mari, révélant le souhait de son pauvre père, déchiré par le chagrin. Et puis l’incongru, une jupe noire très courte et très moulante, qui lui mettait en valeur sa chute de reins et ses cuisses galbées, et laissait voir les jarretelles qui retenaient les bas. Elle savait que la jupe était juste assez longue pour dissimuler la touffe de poils blonds vénitienne de son pubis. Un mouvement un peu haut d’une cuisse, et les deux hommes auraient la vision époustouflante de son sexe aux lèvres charnues très rouges ! Car évidemment, Cécile n’avait pas eu le droit de revêtir un quelconque sous-vêtement, pour épargner sa vertu ! Et pour couronner le tout, le fameux chemisier blanc de la cérémonie de crémation, sauf qu’il n’était attaché sur le devant que par un nœud des deux pans, laissant entrevoir son nombril et ses seins en grande partie ! Une pute, une petite salope de bas étage, une nymphomane pernicieuse... voilà en quoi son beau père l’avait transformée, en à peine une semaine de présence à la maison ! Mais comment avait-elle pu en arriver là ? Elle ne se souvenait plus. Elle ressemblait au naufragé ayant quitté le navire confortable et sage, de sa vie de petite bonne femme amoureuse de son mari, qui se retrouvait sur la grève d’un territoire inconnu, sauve, mais effrayée par les dangers, qui semblaient l’attendre dans la jungle de ses pulsions ...