1. Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 7


    Datte: 26/05/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds

    ... sous la douche.
    
    Excellente idée, moi aussi.
    
    Certaines portent mieux l’uniforme que d’autres ; la jeune préposée aux archives est plutôt mignonne vêtue du sien, le bleu roi lui va à merveille. Son irruption dans le réfectoire bondé a provoqué quelques remarques déplacées dignes des machos dans la rue, aussitôt réprimées par les matonnes attentives. Il aura fallu arriver au bâtiment administratif pour que notre surveillante occasionnelle retrouve son entière sérénité. Un silence studieux berce les employées dans les bureaux au rez-de-chaussée, le directeur brille par son absence. À peine la porte de l’ascenseur fermée, je sens mon regard attiré par les mains fines qui dénouent la cravate réglementaire. On arrive bientôt au 4ème étage. Terminus, tout le monde descend.
    
    – Servez-vous, balance gentiment la quinquagénaire en nous montrant la cafetière et des bouteilles de jus de fruit.
    
    Une table pliante et des chaises ont été installées dans le couloir entre l’ascenseur et la salle des archives, là où la climatisation joue encore son rôle. Elles ont raison, inutile de crever de chaud à quatre. Au moins, on pourra placer les deux ventilos près de l’escabeau. Et puis ce n’est pas comme si on risquait de s’échapper.
    
    – Café ?
    
    J’accepte avec plaisir, Gaby se charge du service. Un demi sucre dans le gobelet plus tard, des sensations délicieuses refont surface. Une occupation qui change de la routine, un minimum de respect, j’ai oublié ma condition misérable. Il ...
    ... suffirait de peu pour me croire libre. Ne plus raisonner comme une détenue fait du bien, ça me revigore, comme le dimanche chez la surveillante en chef. La copine répond à mon sourire intérieur par un clin d’œil discret, elle a deviné ; pourtant, se comprendre sans échanger la moindre parole est typique de la complicité féminine.
    
    – Pensez à vous hydrater régulièrement.
    
    Le conseil de la jeune femme, bien qu’inutile, booste notre volonté de réussir. Une vague de chaleur m’irradie le visage sitôt la porte de la salle entrouverte. La vache ! Il fait combien là-dedans ?
    
    La première fois, on a tenu trois quarts d’heure. Là, on est obligées de ressortir au bout de trente minutes. Vite ! Une chaise où je vais m’écrouler. Les gardiennes de circonstance nous ont trouvé des serviettes de toilette. Génial, ça change du séchoir à air pulsé, je n’ai plus connu la douceur du tissu éponge sur ma peau depuis la préventive, ça remonte à...
    
    – Ça va, vous tenez le coup ?
    
    Les matonnes du bloc A auraient demandé si les travaux avançaient, sauf peut-être la vieille de la buanderie. L’eau de la bouteille qu’on a emmenée au premier passage est vite devenue imbuvable, alors on sort régulièrement. C’est la crève assurée avec tous ces brusques changements de température. J’imagine bien la blondinette nous dorloter à l’infirmerie. Et c’est reparti ! L’envie de baiser me titille.
    
    – Si vous pensez être mieux sans vos combinaisons...
    
    Gaby me dévisage, interloquée. Nos fringues sont trempées de ...
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