1. 0303 Sur les chapeaux de roues.


    Datte: 13/05/2022, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31

    Dimanche 6 janvier 2002, au soir.
    
    Oui, quitter Jérém après ces jours magiques à Campan est un véritable déchirement. Les derniers instants avant de sortir de sa voiture, garée non loin de la maison de mes parents, sont les plus difficiles, les plus tristes. Les mots nous font défaut. Mais pas les regards, et l’émotion qu’ils savent véhiculer, pas le contact fébrile de nos mains, pas le bisou furtif que nous nous échangeons avant de nous quitter.
    
    « Fais attention sur la route ! Appelle-moi quand tu arrives à Paris.
    
    — Toi aussi fais attention ! Appelle-moi quand tu es à Bordeaux.
    
    — Tu vas me manquer !
    
    — Toi aussi, Ourson ! »
    
    Nos derniers mots sont des mots simples, les mots de ceux qui s’aiment.
    
    A la maison, l’accueil de Maman est tout aussi chaleureux que celui de Papa est glacial. Le repas de midi ne s’éternise pas. Mon père demeure silencieux et ne lève pas les yeux de son immanquable « Dépêche », le bouclier derrière lequel il essaie de cacher son mépris. Comme d’habitude, il cherche à fuir la conversation à table, tout en guettant les détails des exploits de son club de cœur, le Stade Français. Maintenant que j’y pense, cette préférence sportive est plutôt originale de la part d’un Toulousain pure souche. Et pourtant, aussi loin que je m’en souvienne, je l’ai toujours entendu parler de ce club « fabuleux » qu’il allait voir jouer à chaque fois qu’il passait par Toulouse. Il m’y avait même amené une ou deux fois dans mon adolescence. Mais vu le ...
    ... désintérêt que je témoignais au rugby, il n’avait pas réitéré l’expérience. Bientôt le match Stade Toulousain vs Stade Français va avoir lieu. Et ce n’est pas maintenant qu’il sait que je m’intéresse aux rugbymen qu’il va me proposer de l’accompagner.
    
    Oui, Papa est un grand supporter de l’équipe désormais dirigée par un personnage haut en couleurs, l’équipe à l’origine d’un calendrier plutôt sympathique, l’équipe qui quelques années plus tard choquera le monde du rugby en exhibant fièrement des maillots roses. L’équipe qui quelques mois plus tard risquera fort de perdre le soutien de son supporter toulousain. Mais cela est une autre histoire .
    
    Maman se charge de dissiper la mauvaise ambiance en me questionnant sur mon séjour à la montagne, en se limitant exclusivement à des sujets « politiquement corrects », comme le ski, mes révisions pour les exams, la neige, les amis du cheval.
    
    Mais dès la fin du repas, dès que papa monte faire la sieste, elle veut tout savoir sur comment se sont passées ces retrouvailles avec le gars que j’aime. Je lui raconte mon bonheur retrouvé, et mes espoirs en l’avenir.
    
    « Je suis heureuse de savoir que tout s’arrange pour toi. Je n’aimais vraiment pas te voir abattu comme avant Noël. J’avais peur que tu sois malade. Mais je suis contente de savoir que ce n’était que la maladie d’amour !
    
    — Tu penses que papa va arrêter un jour de me faire la tête ? » je change vite de sujet.
    
    Je ne dirai rien à maman au sujet de cette autre chose qui me ...
«1234...23»