1. Coupable


    Datte: 08/04/2022, Catégories: fh, extracon, jalousie, dispute, mélo, policier, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe

    ... toujours à fouiner autour du commissariat a eu la primeur, il en a fait sa première page. L’article précise que le mari rentrant chez lui plus tôt que prévu a tué de sang-froid la malheureuse victime avec son arme de service. Christian Rossi, policier de son état, avait eu la malencontreuse idée de ne pas conserver son arme à portée de main alors qu’il honorait, comme il se doit, sa maîtresse dans le lit conjugal.
    
    En l’absence d’informations précises, il s’ensuit toute une série de détails sortant de l’imagination du journaliste pour clore son article. Il prit soin de préciser que le policier et sa maîtresse étaient entièrement nus à l’arrivée des forces de l’ordre, détail qui espérait-il allait gonfler les ventes de sa feuille de chou. Ah ! s’il avait pu prendre une photo.
    
    --o Ô o---
    
    Dans le tribunal, l’attente a été longue. Enfin, les jurés ont fini de délibérer.
    
    La salle d’audience est pleine. Un coup de sonnette, tout le monde se lève, la cour entre, c’est l’heure du verdict.
    
    Prenant son temps, regardant le box des accusés, le banc des journalistes, le public… Le président savoure ce moment, il va juger. Il prend enfin la parole :
    
    — Monsieur Laurent Belmont, veuillez vous lever, s’il vous plaît.
    
    Debout, j’attends avec un peu d’anxiété la sentence qui va être prononcée. La salle retient son souffle :
    
    — Après en avoir délibéré, les jurés ont apporté les réponses suivantes : à la question, l’accusé Monsieur Laurent Belmont est-il coupable d’avoir à ...
    ... Chartres le 26 juin 2017, donné la mort volontairement à monsieur Christian Rossi ? La réponse est OUI à la majorité de six voix au moins ; à la question, monsieur Laurent Belmont a-t-il donné la mort avec l’intention de la donner ? La réponse est NON à la majorité de six voix au moins.
    
    Bingo, bravo, maître Makarov, la préméditation n’a pas été retenue. J’évite les trente ans pour assassinat. Certainement, la personnalité et le passé trouble de la victime ont joué en ma faveur.
    
    Comme l’avait judicieusement fait remarquer mon avocat lors de sa plaidoirie, je n’étais pas armé en rentrant inopinément ce matin-là chez moi. Il n’a d’ailleurs à aucun moment évoqué l’infidélité de mon épouse, mais a insisté sur la personnalité de la victime, sa qualité de policier représentant de l’ordre et sa négligence d’avoir laissé traîner son arme de service. Les jurés ont été compréhensifs, le procureur avait réclamé vingt-huit ans, beaucoup ont dû se mettre à ma place.
    
    Le président continue :
    
    — En conséquence, la cour d’assises d’Eure-et-Loir condamne monsieur Laurent Belmont à la peine de dix-huit ans de réclusion criminelle.
    
    La sentence est accueillie en silence.
    
    — Monsieur Belmont, vous avez cinq jours pour faire appel de la décision de la cour d’assises, ou pour vous pourvoir en cassation.
    — Gardes, faites sortir l’accusé.
    
    La salle commence à se vider. J’observe sans les voir ces spectateurs du malheur quitter le tribunal. La représentation est terminée, le rideau ...
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