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Datte: 10/03/2022, Catégories: couple, amour, revede, nonéro, poésie, amouroman, Auteur: Mlle Fanchette, Source: Revebebe
... son chemin d’un pas désormais dansant en cherchant une idée. Le nez au vent, il hume l’air frais du petit matin qui se pare délicieusement de l’arôme chaleureux du pain qui cuit. Son sourire s’élargit et une rue avant d’arriver, il tourne et se faufile à l’arrière d’une boutique qu’il connaît bien. Il frappe au carreau sans se départir de son air un peu fou d’homme heureux. Un apprenti aussi enfariné que surpris vient lui ouvrir, mais le boulanger le renvoie bientôt à sa pâte feuilletée. L’artisan et le musicien se saluent, échangent quelques mots légers, des croissants encore brûlants changent de mains et notre amoureux reprend sa route sur un signe amical. Il court, maintenant, impatient. Le coin de la rue est tout proche, et là, la porte de l’immeuble. Il s’y engouffre rayonnant et gravit les escaliers quatre à quatre, trop ardent pour attendre l’ascenseur. Son sac ne pèse plus rien au bout de son bras : sa Juliette est toute proche, rien ne saurait le ralentir ! À pas de loup, il entre dans l’appartement comme un voleur, abandonne sa charge à l’entrée et s’avance dans leur domaine que l’aurore pare d’or et de pourpre. Il regarde avec envie la porte close derrière ...
... laquelle elle se repose encore. Mais renonçant à la pénombre accueillante comme les bras d’une amante, il pose discrètement la cafetière sur la plaque chauffante. Un saut sous la douche et le café est monté. Il dresse un plateau et inspecte son œuvre en fronçant le sourcil. Son œil s’éclaire soudain. Il ouvre l’étui de son instrument et en sort un brin de chèvrefeuille séché soigneusement pressé entre les partitions. Il le dépose joliment avec le reste du petit déjeuner. Satisfait du résultat, silencieux autant que possible, il bombe le torse et pousse guilleret la porte de leur chambre. Il s’immobilise sur le seuil pour la contempler comme on découvre le trésor si longtemps convoité, pour profiter de cet ultime instant d’attente et du premier instant de joie, comme l’assoiffé savoure la première goutte d’eau après le désert. Ce fugace instant où l’on touche au but, cet instant intense comme nul autre où du désir, on bascule dans le plaisir. Cette minute infime et suspendue à laquelle d’autres ne font pas attention… La suite ? La suite, c’est lui qui l’écrira plus tard, tandis qu’ils reposeront l’un près de l’autre, pour un temps repu l’un de l’autre. C’est ainsi qu’il la chantera :