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    Datte: 10/03/2022, Catégories: couple, amour, revede, nonéro, poésie, amouroman, Auteur: Mlle Fanchette, Source: Revebebe

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    Clin d’œil à A.R.
    
    — Mesdames et Messieurs, dans quelques instants, notre train entrera en gare. Terminus. Veillez à ne rien oublier à votre place. Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage en notre compagnie et vous souhaitons une agréable journée.
    
    Il sourit avec fatigue en écoutant la voix grésillante du contrôleur. Cela fait déjà un quart d’heure qu’il s’est posté devant la porte vitrée, son violon sur l’épaule, son sac à bout de bras et le front sur le carreau froid.
    
    Dehors, tout est encore plongé dans l’ombre, le jour ne se lèvera pas tout de suite. Il étouffe un bâillement et cligne des yeux en regardant machinalement son portable. Quelques messages lui disant que le concert était excellent et qu’il est dommage qu’il ne soit pas resté fêter son succès avec toute l’équipe. Plusieurs lui ont reproché d’être fou de sauter dans le train de nuit à peine descendu de scène, qu’elle pourrait bien l’attendre comme prévu.
    
    Elle peut-être, mais pas lui… Elle lui manque bien trop fort depuis plusieurs semaines qu’il n’a pu rentrer, retenu par la tournée. C’est ainsi, on peut avoir la célébrité, les fans, l’admiration et pourtant rester captif d’un drôle de petit sourire charmant…
    
    Les voyageurs au visage blafard commencent à encombrer les allées, se bousculent pour récupérer les valises et se préparent à descendre. Lui, remonte distraitement son col et guette les premières lumières de la ville, promesse de l’arrivée prochaine. Il étouffe un ...
    ... nouveau bâillement. Dieu qu’il envie ces gens capables de dormir dans les transports ! Il a à peine somnolé un peu, mais tant pis, ça suffira. Et puis, il pourra toujours se rattraper en partageant la grasse matinée de sa fée.
    
    Rêveur, il l’imagine étendue en travers des draps ne se doutant pas de son retour. Il se prend à songer à son sourire ensommeillé en le trouvant si tôt près d’elle quand elle ne l’attendait que pour le soir. S’il était resté avec le reste de l’équipe pour prendre le bus, il aurait laissé passer un dimanche avec elle. Or, il est des cadeaux de la vie qu’on ne refuse pas !
    
    Enfin, les lampadaires se multiplient à l’extérieur comme une galaxie urbaine tandis que le train ralentit sensiblement dans un crissement strident. Derrière lui, on se bouscule mollement en se raccrochant aux dragonnes, quelques excuses s’échangent ainsi que cette récurrente et désespérante question :
    
    — De quel côté sera le quai ?
    
    Il était très sûr de lui tout à l’heure en choisissant la porte devant laquelle il s’est campé, mais désormais, un affreux doute le prend. Il pousse un léger soupir en haussant les épaules : il est trop tard pour se déplacer, il y a trop de monde et puis ça ne change pas grand-chose. Les lumières de la gare traversant la fenêtre aveuglante annoncent la minute décisive où ils sauront qui du militaire de retour chez lui ou de lui, le musicien en permission, aura deviné juste. Les yeux rivés sur les rails qui se multiplient, il voit enfin apparaître la ...
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