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    Datte: 10/03/2022, Catégories: couple, amour, revede, nonéro, poésie, amouroman, Auteur: Mlle Fanchette, Source: Revebebe

    ... butte d’asphalte. Ouf ! C’est ridicule, risible, dérisoire, mais il en tire une petite fierté qui le fait sourire.
    
    Le train s’arrête dans un crissement aigu et les portes s’ouvrent avec un chuintement mécanique sur les dernières recommandations des haut-parleurs grésillants. Il saute à terre, aide une femme à descendre sa valise puis se sauve pour remonter le ruban de bitume jusqu’à la gare presque déserte. Il passe sans les voir devant les grilles closes des boutiques et des guichets sous la lumière violente des néons qui lui brûlent les rétines.
    
    Il débouche enfin sur la place, à l’air libre. Il s’arrête après quelques pas, s’étire en jetant un œil alentour. L’aube grise commence à éclaircir le ciel nocturne, il n’y a pas grand monde, à peine quelques voyageurs qui se dirigent vers le parking et un taxi qui attend son client.
    
    Il s’étire discrètement en recalant son violon et son sac puis inspire un grand coup l’air frais et vivifiant du petit matin naissant. Il se sent soudain plus alerte. S’ébrouant, le musicien prend à pied le chemin de son coin de paradis où un ange l’attend sans le savoir. À l’idée de la retrouver, il se sent pousser des ailes et avance d’un pas vif.
    
    Les rues sont calmes et il goûte l’étrange miracle du silence de la ville seulement troublé par ses pas. Les bars dorment depuis quelques heures, mais les bus n’ont pas encore commencé leurs tours. Les boîtes de nuit se sont endormies, mais la ville a encore sommeil… Certains parlent de l’heure ...
    ... bleue où tout n’est qu’un soupir retenu avant l’éveil du monde. Il aime bien cette image et il songe que le moment est parfait. Ne va-t-il pas bientôt entrer dans le silence d’un appartement pour y rapporter l’éclat du rire joyeux des retrouvailles ?
    
    Il tourne à l’angle d’une rue et tombe nez à nez sur un homme en pantoufles et porte-bébé qui arpente le trottoir dans l’espoir d’endormir son chérubin. À en juger par les cernes qu’il a sous les yeux, le père s’est encore moins reposé que le musicien… Mais le tout-petit s’agite et proteste chaque fois que sa monture ose arrêter ses allées et venues. Le violoniste leur fait un signe de main en passant et poursuit sa route. Encore le grand boulevard à remonter. Il s’y engage d’un pas léger. Le ciel a encore clairci et les lampadaires s’éteignent en enfilade comme pour mieux indiquer la route à prendre pour rejoindre la belle à l’appartement dormant. Dans les arbres qui bordent les trottoirs, les oiseaux s’éveillent en même temps dans un concert cacophonique de pépiements. Il sourit en adressant un regard à leurs silhouettes qui jouent en ombres chinoises dans les branches.
    
    Il marche toujours, le nez en l’air, le cœur content. Le même concert résonne en lui comme un violon de fête de plus en plus fort et joyeux à mesure que ses pas le rapprochent d’elle. Il rit sous cape en devinant sa surprise au réveil. D’ailleurs, elle qui aime tant ses précieuses matinées dominicales au fond d’un lit, comment se faire pardonner ?
    
    Il va ...