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0304 Un mariage et quelques entraînements.
Datte: 07/03/2022, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... faire le prélèvement. Du coup, depuis 48 heures, il est tout aussi angoissé que moi. Je l’ai senti au téléphone. Il m’a dit de l’appeler dès que je sais que je suis négatif. A l’entendre, il n’y a que cette option, que je sois négatif. Il n’arrive même pas à envisager que ça puisse en être autrement. C’est sa façon de me soutenir, et de vouloir y croire en même temps. Il est vraiment adorable mon Jérém. Vendredi 15 mars 2002. L’heure de vérité approche, je sèche les derniers cours de l’après-midi pour me rendre au centre de dépistage. A chaque fois que je me rends à l’hôpital depuis l’ « accident », je ressens un malaise insistant. J’ai l’impression que tous et tout me jugent. Les hôtesses d’accueil, les infirmières, les médecins, les autres « testés », les couloirs, le mobilier. Et moi-même. Je me sens honteux. Dans la salle d’attente, nous sommes 5 gars à ne pas tenir en place sur les chaises en plastique. Une infirmière les appelle par leur prénom à tour de rôle, ils disparaissent derrière une porte, dans une pièce où leur vie peut basculer à tout jamais. Ils passent l’un après l’autre, mais ils ne réapparaissent pas, ils doivent sortir par un autre côté du bâtiment. D’autres arrivent après et passent avant moi. Tout ce va-et-vient me stresse, je commence vraiment à avoir peur. Seigneur, donne-moi une chance, s’il te plaît ! Ça n’est arrivé qu’une fois et ça a vraiment été un accident, je ne l’ai pas cherché ! Ça ne peut pas se passer comme ça ! Et pourtant, ...
... si, bien sûr que ça peut se passer comme ça. Quelle va être ma vie si je suis séropositif ? Comment vais-je l’annoncer à ma famille, à mes proches ? A Jérém ? Que va devenir notre belle histoire ? Comment va-t-il appréhender cet état de choses ? Est-ce qu’il va pouvoir gérer ? Est-ce qu’il va culpabiliser ? Je lui ai dit et je lui redirais qu’il n’a pas à culpabiliser, car ce n’est pas lui qui a fabriqué la capote qui a cassé, et encore moins lui qui m’a poussé dans les bras de Benjamin. Mais est-ce qu’il va y arriver ? Est-ce qu’il va supporter de me voir prendre mon traitement au quotidien ? Est-ce qu’il va supporter de continuer à mettre la capote ? Est-ce que nous allons pouvoir un jour pouvoir arrêter la capote ? Est-ce que j’y arriverais un jour, même si un médecin m’y autorise ? Si je suis positif, la peur de l’infecter me hantera toute ma vie, capote ou pas. C’était déjà le cas depuis Noël, mais le doute faisait que je pouvais continuer à espérer, à me dire que les quelques petits risques que nous nous sommes accordés étaient minimes. Mais du moment où je saurai, la peur ne me lâchera plus. Même l’embrasser me fera peur. C’est idiot, certes. Je ne sais pas encore si je suis positif et je me sens déjà comme un pestiféré. Une infirmière appelle enfin mon nom et sa voix me fait sursauter. Du coup tout devient encore un peu plus réel. L’heure de vérité est arrivée. Ça y est, je vais savoir. Le médecin qui me reçoit doit avoir une soixantaine d’années, il est grand, ...