1. Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 6


    Datte: 02/02/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds

    ... petit-déjeuner dans cinq minutes.
    
    La retenue de la surveillante en chef nous change de la violence habituelle du coup de sifflet suivi d’un aboiement intempestif de sa sous-fifre. On s’habituerait facilement aux marques de respect.
    
    Le tambour du sèche-linge ronronne, deux mains supplémentaires au tri du linge font du bien, on est en avance sur l’horaire malgré le retard pris au petit-déj. Alors Christelle a rallongé un peu la séance d’entraînement, elle prend un malin plaisir à me torturer, celle-là. Le souffle encore court, je range à part les culottes à usage unique pour les détenues qui ont leurs règles ou les auront demain matin, vachement pratique.
    
    – T’as pas ce problème, toi.
    
    Oups ! Ce n’est pas la blague du siècle vu les circonstances ; le rire de Gaby résonne, un tantinet plus grave que le mien.
    
    – J’en ai d’autres, la prise d’hormones par exemple.
    
    L’humour de la nouvelle, j’ai décidé de voir en elle une femme, semble intact malgré le dernier affront subi quelques heures plus tôt, son courage mérite le respect. Virginie et Léa, les deux autres du groupe, imitent la bienveillante neutralité de Christelle encore une fois ; la matonne ne manquera pas de souligner notre comportement exemplaire sur son rapport journalier. Le talkie posé sur ta table grésille.
    
    – Faites semblant de travailler, mesdames, inspection surprise.
    
    Sauf qu’on vient de nous prévenir. C’est vraiment la planque à la buanderie ; la vielle tourne la tête pendant mon entraînement ...
    ... sportif tous les matins, elle nous donne du jus de fruit à la pause, parfois des gâteaux secs, elle nous laisse discuter en paix. Alors on s’applique au boulot histoire de la remercier, surtout pour nous assurer que la direction la gardera à son poste le plus longtemps possible, notre tranquillité est à ce prix.
    
    Les bruits de pas enflent dans le couloir, rien de commun avec le chuintement feutré des bottines des matonnes. Des voix nous parviennent à travers la porte une poignée de secondes, puis le groupe d’inspection s’invite dans la place, le directeur du pénitencier et un autre homme en tête suivis par deux vieilles en tailleur à l’équilibre précaire. On ne les a pas prévenues que le carrelage s’accordait mal avec les talons aiguilles ? Je me retiens de rire, le ridicule a toujours cet effet sur moi.
    
    Les visiteurs discutent à voix basses, les regards fixés sur la pauvre Gaby, on dirait des examinateurs évaluant un animal inconnu au salon de l’Agriculture, une institution depuis 1964, un siècle dans trois ans. Putain de merde ! C’est un être humain, comment vous voulez qu’on vous respecte quand vous nous traitez comme des moins que rien ! Le départ du petit groupe d’inspection met un terme provisoire à mes envies de meurtres, conséquence inattendue de l’enfermement.
    
    – C’est bon, mesdames, relax. Laissons-leur cinq minutes d’avance, on va prendre l’air dans la cour. Il reste quoi à faire ?
    
    – Pliage des draps et préparation des chariots pour demain matin, répond ...
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