1. Un si gentil fantôme (1)


    Datte: 24/01/2022, Catégories: Divers, Auteur: Jane Does, Source: Xstory

    ... ? J’apprécie également ces vastes espaces et le bruit du vent dans les branches.
    
    — Tu te souviens lorsque nous venions ici en sortant de chez grand-mère ?
    
    —… je crois que vous me prenez pour…
    
    — Enfin ! Bon sang, je ne veux que te savoir près de moi, te garder encore un moment. Que le temps qui me coule entre les doigts ne me vole pas ton visage, tes traits. Je te veux avec ta main dans la mienne, comme au temps des jours heureux. Tu peux comprendre cela ? Je veux être pour toujours… une maman, ta maman peut-être.
    
    —… Maryse, je ne suis pas…
    
    — Je sais bien ce que tu n’es pas, mais je sais aussi ce que tu peux être… alors pour l’amour du ciel, ne parle plus. Donne-moi juste ta main pour ce bout de chemin qui mène à la ville, à la vie.
    
    —… !
    
    Sans se préoccuper de ce qu’il pense, la brune saisit sa patte dans la sienne et ils avancent sur la sente aux parfums boisés. De nouveau, elle marque une courte pause, s’assied sur un tronc d’arbre mort et d’un geste maternel, elle lui caresse la joue.
    
    — Tu as de la barbe maintenant ! J’en oubliais que tu as tellement grandi. Tu es un homme… mon homme. Enfin, le seul qui compte dans mon existence. Alors grand méchant, tu ne me laisses plus aussi longtemps sans nouvelles.
    
    —… Maryse ! Je ne suis pas votre fils.
    
    — Bien sûr… rentrons, j’ai besoin de me reposer. Oui ! Tu m’as trop manqué.
    
    Le parcours prend fin avec le retour à la voiture. En silence, ils rentrent vers sa maison et lui se demande de plus en plus ...
    ... s’il doit rester ou prendre ses jambes à son cou. Il sait qu’elle est dans sa folie ordinaire, que dans son cerveau un fusible a cessé de jouer son rôle. Comment la faire revenir à la raison ? Comment l’abandonner aussi à son sort ? Il se sent en partie responsable de cet état dans lequel elle plonge de plus en plus vite. Sa conscience lui ordonne de ne pas la laisser.
    
    Ils dinent de nouveau dans un face à face éprouvant. Elle ne fait plus la différence entre l’ami et le fils. Il est tantôt l’un, puis l’autre. C’est ainsi que la soirée traine en longueur et que le garçon ne sait plus comment se sortir de ce carcan qui l’oppresse. Cruel dilemme qui le surprend, le broie également. Elle semble cependant très détendue, souriante, arborant un air doux et joyeux. Mais ce n’est qu’une façade qui masque le malaise profond.
    
    — Tu regardes le film avec moi ?
    
    —… Je crois que je vais aller me coucher. Notre promenade m’a vanné…
    
    — Après tout, je crois que c’est toi qui es dans le vrai. Je vais prendre une douche et me coucher. Une bonne nuit de sommeil et demain, tout sera… plus détendu.
    
    — Bonne nuit alors, Maryse !
    
    — Tu ne m’embrasses pas avant d’aller dormir ? Ce n’est pas bien ça !
    
    — Ah ! Oui, si, si !
    
    Gaétan se retourne. Elle est debout à deux pas. Il avance son visage et ses joues sont d’une douceur sans égale. Ce n’est pas permis de rêver de cela. C’est déjà la tromper que de lui laisser croire qu’il est Mathis… mais impossible de lui sortir de la caboche ce fils ...
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