1. Le jour venu


    Datte: 06/12/2021, Catégories: f, ff, uniforme, bizarre, Collègues / Travail amour, lesbos, Auteur: calpurnia

    La docteur Tania C. pratique son métier d’une manière très particulière. Elle travaille dans une prison de Colombus, Ohio. Ex-docteur, faudrait-il préciser : les médecins qui participent activement à des exécutions capitales le font en violation du serment d’Hippocrate. Ils perdent ainsi leur droit d’exercer.
    
    Cette nuit, elle a ainsi posé les cathéters sur les bras d’une jeune femme, Sabrina, jugée coupable de plusieurs meurtres au premier degré, c’est-à-dire avec préméditation. Sabrina était d’une grande beauté. La tueuse en série ne s’est pas rebellée… pas plus qu’elle ne s’était réellement défendue devant ses juges. Ni injures ni supplications le moment venu. Elle semblait indifférente à son propre sort, comme si pour elle, la vie – la sienne comme celle de ses victimes – ne valait plus rien.
    
    Tania vit avec Abigaïl dans une petite maison délabrée située en retrait de la cité, au milieu des champs de soja. Le jour se lève. Cette journée de début d’automne sera ensoleillée. Tania rentre chez elle après une éprouvante nuit de travail. Dans son rétroviseur s’éloigne peu à peu la forme obscure de l’enceinte surmontée de barbelés et piquetée des feux des projecteurs. Un autre monde situé hors du temps, où presque toute humanité se trouve abolie. Sur le volant, les mains tremblent légèrement, comme après chaque exécution. Avant, elle exerçait comme médecin militaire. Elle est allée en Somalie, en Irak, en Afghanistan, a connu les poussées d’adrénaline lors des ...
    ... attentats sanglants. Puis une erreur médicale tragique l’a mise sur la touche. À cinquante ans, après une vie trépidante d’aventures sous la bannière étoilée, elle a répondu à une offre d’emploi. Il faut bien vivre. Ses cheveux d’un brun très sombre sont devenus gris en quelques mois. Elle est revenue dans l’État où elle a vu le jour. Sa fidèle Abigaïl l’y attendait, comme au retour de chacune de ses permissions, mais cette fois pour ne plus bouger.
    
    Abigaïl ne dort pas. Elle a veillé toute la nuit, regardé les étoiles, lu de la poésie, écouté de la musique. Elle ne dort jamais lorsqu’elle sait que son aimée procède à une injection létale. Ils en ont parlé à la télé locale. Mais Tania reste toujours dans l’ombre, loin des journalistes, c’est la règle, pour sa sécurité. Abigaïl prépare une tarte à la rhubarbe, celle que sa compagne préfère. Les petites mains blanches aplatissent la pâte sablée avec le rouleau, avec soin, pour que le cercle soit régulier, d’une épaisseur constante. Dans l’aurore, la radio chantonne en sourdine. Elle n’a pas d’emploi. Le couple vit modestement, ne part que rarement en vacances. Elles ont presque le même âge.
    
    Leur porte n’est pas verrouillée. Tania entre silencieusement, enlève aussitôt des chaussures. Peut-être qu’Abigaïl dort cette fois-ci ? Ne pas la réveiller. Ne pas lui faire porter ce poids…
    
    Devant le plan de travail de la cuisine, Abigaïl lui tourne le dos. Elle n’entend pas sa tendre amie s’approcher d’elle. Tania se fige, contemple à ...
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