1. Le lac


    Datte: 22/11/2021, Catégories: fh, fplusag, bateau, Oral pénétratio, poésie, lettre, mélo, Auteur: Pericles

    Aix-les-Bains, septembre 1817
    
    Chère Julie,
    
    Seul !
    
    Je viens, seul, m’asseoir sur cette pierre où je vous ai vue pour la première fois. Vous me manquez, mon Aimée, vous me manquez terriblement.
    
    C’était il y a un an. Il y a un siècle. Il y a une éternité.
    
    Rappelez-vous ! J’étais venu à Aix-les-Bains pour, officiellement, y soigner une affection des bronches, alors qu’en fait, je testais un nouveau traitement du Docteur Renaudot : quotidiennement, je subissais des séances d’immersion dans les eaux de la source de Marlioz, ce qui était censé m’aider à lutter contre la mélancolie, cette mélancolie qui broyait mon âme.
    
    Mais cette âme, mon Amour, ce ne sont pas les eaux de source qui l’ont aidée à renaître, l’été dernier. C’est vous, ma chère Julie !
    
    Vous qui étiez venue à Aix pour soigner vos bronches, pour apporter un répit à cette phtisie qui vous dévorait de l’intérieur.
    
    Vous qui vous étiez assise sur ce même rocher, les orteils baignant dans les eaux du Bourget, jouant avec le vent qui jetait l’écume des ondes du lac sur vos pieds adorés.
    
    Vous qui glissâtes dans l’eau tourmentée, bousculée par une bourrasque s’engouffrant sous votre jupon.
    
    Oh ! Mon aimée ! Comme vous eûtes peur en cet instant !
    
    Heureusement, le destin fit que je passais par-là, l’âme submergée par de sombres idées d’en finir avec la vie ; je pus plonger dans les eaux vertes du lac et, promptement, vous ramener sur le rivage, je pus de ma bouche insuffler un air salvateur dans vos ...
    ... poumons… et je pus, instantanément, tomber éperdument amoureux de vous… Ainsi que vous de moi !
    
    Peu importe que vous ayez été unie à Jacques, votre mari de trente-cinq ans votre aîné,
    
    Peu importe que vous ayez eu six ans de plus que moi,
    
    Peu importe les on-dit, les ragots, les rumeurs,
    
    Nous nous aimâmes !
    
    D’un amour de prime abord platonique, mais tellement fort, tellement puissant, que tous deux nous connûmes une véritable rémission des maux qui nous affectaient.
    
    Tous les jours, nous flânions ensemble sur les bords du lac. Nous admirions le reflet du Revard dans les eaux vertes où parfois nous trempions nos pieds. Nous nous attardions dans cette merveilleuse grotte creusée et polie au fil du temps dans les falaises calcaires au pied du mont du Chat. Nous nous dévorions du regard, enfermés dans une bulle de bonheur d’où personne ne pouvait nous tirer.
    
    Puis, platonique, notre amour ne le fut plus après cette merveilleuse journée du 17 juillet.
    
    Il faisait si beau que nous décidâmes d’emprunter une barque au père Grimaud, et nous voguâmes, seuls, jusqu’aux alentours de l’abbaye d’Hautecombe.
    
    Était-ce la grande spiritualité des lieux ? Était-ce le romantisme de ces vieux bâtiments perdus dans la forêt et se reflétant dans les ondes du Bourget ?
    
    Je ne saurais le dire, mais soudain, vous fûtes dans mes bras. Soudain, vos lèvres contre les miennes, nos langues se mêlèrent pour la première fois en un vrai et long baiser d’amour. Soudain, je ressentis la ...
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