-
Néons blafards
Datte: 28/10/2021, Catégories: Trash, Auteur: domindoe, Source: Xstory
Ambiance glauque et blafarde, néons qui bagottent et bourdonnent en fond d’arrière-salle enfumée. Petits matins glaciaux, plus d’espoir de grands soirs. Fins des années 80, pas tout à fait achevées. Ce n’est pas encore la mode, pourtant les deux punkettes sont tellement tatouées que même complètement désapées, on dirait qu’elles sont toujours habillées. Et encore, l’une d’elles est si percée que sa bière doit fuiter avant d’atteindre sa vessie. Je me moque, mais je ne vaux pas mieux, pas percé, pas tatoué, mais défoncé. Pour oublier. Que je suis trop crasse. Que je suis trop lourd. Que je suis trop con. Que je suis trop largué. Que je suis... là. Une fois de plus. Vulgaire et fatigué. *** La mouise. Des rencontres de barges. Des idées qui ne valaient pas mieux. Échoué au chaud dans ce bistrot sans plus d’une thune pour un café, mes poches étaient percées elles aussi, au sens propre et crade, comme au figuré. C’était un mauvais soir d’hiver. Un de plus. Pour les gars comme moi, l’hiver, tous les soirs sont mauvais. Et les mauvais soirs n’ont pas l’exclusivité de l’hiver ni celle des soirs. Ils se pointent aussi le matin avec les balayeuses qui aspergent le réveil ; les nuits avec les rôdeurs de hasard en mal de cartons. N’importe quand en fait. Les deux punkettes étaient déjà écroulées sur une table, au fond de la salle près d’un large miroir censé donner de la grandeur à ce minable troquet en forme de couloir étriqué. Le reste du bistrot était bondé ras la casquette ...
... et ne m’aurait pas causé au mieux, méprisé probablement, viré sûrement ; elles, elles n’étaient pas en mesure de me jeter. Je me suis installé à leur table, me glissant sur la banquette en face d’elles sans rien demander. Elles n’ont pas levé la tête. Le mélange liquide multicolore à tendance jaune fortement alcoolisée qui trônait dans leurs verres y était sûrement pour quelque chose. La patronne avait dû me pister, elle s’est pointée illico. J’ai commandé un café sans pourboire. La cheftaine n’a pas aimé mon humour, mais nos voix aigres-douces ont réveillé les affalées. La chevelure rose et verte m’a demandé «T’eskitoi ? » d’une voix qui empestait la clope froide autant que le cendrier débordant devant elle. Je lui ai répondu «Une compagnie de passage ». Un instant d’intérêt qui a suffi à soulever la tronche avachie de sa copine, crête iroquoise bleu pétrole nuances rouge sang, bien dégagée sur les oreilles pour en découvrir les perçages multiples, détourage des esgourdes type incorpo dans une armée sans salut, yeux ahuris par l’heure, l’alcool et la défonce. Miss Piercings, tribu des nez percés. La table de bistrot imitation pseudo marbre collait encore les mauvais rêves de son reflet déformé sur le vrai stuc constellé d’antiques fonds de bocks de bière. —Tunouveukwoua ? a repris la voix parfum vieille clope. Je n’ai pas eu le temps de répondre, le patron rapportait mon expresso rapido. Il a planté sa masse graisseuse devant moi, en attente du paiement. Je lui ai filé ...