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0216 L’amour ne vit plus ici.
Datte: 06/08/2021, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... notre amour pendant de longues années. Parfois il survivait à l’une et à l’autre. Va donc offrir un fichier en streaming pour rappeler l’amour et l’amitié… Un disque c’est grand, il faut le manipuler. Et on s’imprègne de sa présence. Avec le disque, on « touche » la musique, car elle a un support qui la transforme en objet, qui la rend plus réelle, plus précieuse. Lorsqu’on touche un disque après des années, on peut se souvenir du jour où il est rentré en notre possession, par l’achat, ou en tant que cadeau. On peut se souvenir de qui on était au moment où il est rentré dans notre vie, un disque peut nous ramener des années et des années en arrière. Un disque est un vrai support pour le souvenir, un objet de collection qui nous replonge dans l’instant où il est arrivé dans notre vie. Un vinyle qui tourne, ça a quelque chose de chaleureux, d’apaisant, de solennel, de précieux. Un charme qui est aussi dans ses imperfections, dans sa fragilité. Car un disque peut s’abimer. Il craint la poussière, l’humidité, les rayures. Un disque demande à être extrait de sa pochette avec soin, et à nouveau rangé après l’écoute avec le même soin, si on veut le préserver. Un disque peut carrément casser lors d’une mauvaise chute. Au fil du temps, ses crépitements peuvent se faire sentir de plus en plus marqués sur la musique. ...
... Un disque peut sauter un sillon, se mettre en boucle. Et parfois il peut se ressaisir tout seul et se remettre à avancer. Et se remettre une nouvelle fois en boucle, sans fin. Autant de petits défauts amenés par le temps, comme autant de cicatrices, comme des rides, les signes de l’âge. Un disque c’est « vivant ». Un vinyle, ça possède un « âme ». Aussi, le disque avait une pochette, une grande pochette avec de belles photos, une pochette qu’on pouvait toucher, dont on pouvait sentir l’odeur, sur laquelle on pouvait écrire, un prénom, une date, un mot d’amitié ou d’amour, un souvenir. Une pochette qu’il fallait manipuler avec prudence, dont il fallait prendre soin pour ne pas l’abîmer, envers laquelle il y avait de l’affectif, un sorte d’attachement. Malgré les efforts, la pochette de disque finissait par se tacher, elle s’abîmait à force de frotter contre d’autres pochettes. Au fil des années, le papier prenait l’odeur du temps. La pochette vieillissait aussi, car elle était « vivante » aussi. A l’époque du numérique quel support physique pour le souvenir ? Le streaming est éphémère, le disque est matière. Mais à quoi bon toute cette matière ? J’ai tant de disques, de cd, de cassettes et de livres chez moi : qu’en sera-t-il de toute cette collection qui compte tant pour moi, le jour où je ne serai plus ?