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Je me souviens
Datte: 10/07/2021, Catégories: nonéro, mélo, nostalgie, fantastiqu, merveilleu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe
... de nombre de gorges. Une lueur montait vers nous. — Le feu ! hurla le loup en emmenant sa famille. La panique gagna toute l’assemblée. Les ours, écureuils et oiseaux partirent aussitôt ; les grenouilles de la mare plongèrent à l’abri. D’autres hommes arrivèrent près de nous, hurlants et vociférants, portant des armes pointues et coupantes, des torches enflammées. — À mort la sorcière ! — À mort la sorcière aux cheveux du diable ! La jeune femme tenta de se sauver, mais en vain. Ils la rattrapèrent et la jetèrent à terre. Ils lui arrachèrent ses vêtements en criant de joie. Son compagnon tenta de la défendre ; il fut frappé, attaché, insulté. Tous ces tristes personnages profitèrent de la jeune femme. Ils n’eurent cure de ses cris et de ses pleurs. Lorsque la dizaine de monstres lui furent passés dessus, elle ne bougeait presque plus ; du sang coulait de ses nombreuses blessures. J’ai appris à connaître cet infâme objet que les humains nomment « hache » ; jamais je ne l’oublierai. Avec des haches ils abattirent ma mère, la débitèrent en morceaux, s’en servirent pour édifier un bûcher. Ils attachèrent la jolie humaine sur ce tas de bois maintenant mort. Ils mirent le feu à ma mère, ils mirent le feu à la jeune femme. Elle criait, hurlait, demandait grâce, pitié… En vain : nulle pitié chez ces démons. Ses cris cessèrent peu à peu. Une épouvantable puanteur envahit notre paradis. Je recueillis un peu de l’âme de cette enfant dans mes racines et ...
... mes feuilles ; je recevais encore les conseils de ma mère qui resterait près de moi pour toujours. Mais l’ignominie ne s’arrêta pas là : ces brutes jetèrent une corde dans mes branches basses et y pendirent le malheureux. Il resta là, des lunes et des lunes, à se balancer comme un sinistre fruit avant que le soleil, la pluie et le vent ne viennent à bout de cette maudite corde. Ses ossements, peu à peu recouverts de mousses et de feuilles, disparurent et rejoignirent les cendres de sa bien-aimée. ~oOo~ Moi, je devins l’Arbre du Seigneur, puis le Chêne du Roy ; le gibet où l’on pendait les marauds et les vilains qui osaient offenser l’ordre établi, qui osaient braconner sur les terres royales pour nourrir leur famille. Combien de malheureux ai-je porté ainsi ? J’en ai oublié le compte. Je vis aussi passer des bûcherons venus couper mes frères, mes fils et mes amis. Le loup et l’ours se firent rares et disparurent de la région, chassés par l’Homme. Bien des lunes plus tard je ne servis plus de potence, mais bien des êtres furent massacrés près de moi. Ils ne se servaient plus de cordes, d’épées ou de lances, mais d’armes à feu qui projetaient des billes de métal. Je garde en mon corps nombre de ces projectiles, nichés à jamais sous mon écorce. Balles parfois engluées du sang des malheureux qu’elles ont tués. ~oOo~ Les temps sont devenus moins troublés. Ma colline fait partie d’une forêt civilisée, entretenue. La chouette m’a cependant murmuré sous le ...