1. Je me souviens


    Datte: 10/07/2021, Catégories: nonéro, mélo, nostalgie, fantastiqu, merveilleu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe

    Ils étaient à l’époque si nombreux.
    
    Je me souviens de l’odeur de la première caresse du vent, je me souviens des premiers chants d’oiseaux.
    
    Je me souviens du premier rayon de soleil, qui m’éblouit, de cette douce chaleur qui éveillait ma vie.
    
    Je me souviens de la première pluie, des gouttes ruisselantes sur ma peau. Je me souviens de la première tempête et de ses hurlements.
    
    Je possède en moi la mémoire de mes ancêtres, la mémoire de mes aïeux.Je suis ce qu’ils furent.
    
    La vie me semblait douce, sans soucis ; je grandissais en taille et, selon ma mère, en sagesse.
    
    Je discutais en permanence avec mes frères, mes sœurs et mes amis.
    
    Je conversais avec d’autres êtres qui ne me ressemblaient pas, mais nous nous comprenions.
    
    D’aucuns diraient que nous vivions en harmonie avec les différents habitants des lieux, nous nous aidions les uns les autres. Nous formions un tout.
    
    Une source naissait presque à mes côtés, l’eau s’écoulait joyeusement vers une petite retenue créée dans les rochers puis se perdait ensuite dans la pente ; des grenouilles s’y ébattaient dans de joyeuxcôa.
    
    Nous résidions sur une petite éminence d’où nous pouvions voir les collines alentour. Je me demandais ce qu’il pouvait y avoir de l’autre côté du vent. Seules quelques odeurs parvenaient jusqu’à moi ; des odeurs étranges : d’autres êtres vivaient là-bas, là où le soleil naissait.
    
    Je croisais ainsi le lièvre craintif, le sanglier teigneux et le cerf orgueilleux. J’y voyais aussi ...
    ... le rusé Goupil, toujours à l’affut d’une bonne affaire. De temps à autre nous recevions la visite d’une chouette, d’un pic ou même d’une bondrée. Parfois un aigle venait tourner au-dessus de nos têtes.
    
    Il m’est arrivé de voir un loup. Ou plutôt une louve et ses petits. Le père se promenait aux alentours, puissant et mystérieux. L’ours lui aussi venait me rendre visite, le seul animal que le loup craignait.
    
    Le lynx rôdait de même dans les parages.
    
    Je ne me lassais jamais de ces visites. La petite vasque attirait aussi ces visiteurs ; ils venaient y boire le soir ou le matin. L’eau était pure et limpide ; une paix tacite les incitait à ne pas s’agresser lors de cet instant de paix.
    
    ~oOo~
    
    Puis un jour elle arriva. Nul ne savait d’où elle venait. C’était le premier animal marchant sur deux pattes que nous voyions, mes amis et moi-même. Elle ramassait de-ci de-là des herbes et des simples, veillant surtout à ne pas écraser un jeune plant, un semis ou une fleur. Les animaux comme les garennes, les biches et les écureuils fuirent à son approche.
    
    Elle s’assit sur la mousse et se mit à chanter tout en se tressant une couronne de fleurs.
    
    Jamais nous n’avions entendu si belle mélodie ni si doux chant. Ni la pluie ni même le vent dans les frondaisons, ni le chant du rossignol, de la sittelle ou de la grive musicienne n’égalaient cette mélodie.
    
    Bientôt les bêtes revinrent, d’abord prudentes, puis elles aussi sous le charme se blottirent à ses pieds. C’est ainsi que ...
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