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Je me souviens
Datte: 10/07/2021, Catégories: nonéro, mélo, nostalgie, fantastiqu, merveilleu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe
... nous vîmes le garenne aux côtés du renard, la hulotte près de la souris. Elle caressait l’ourson sous le regard de sa mère, elle grattait la louve derrière l’oreille. Parfois un papillon se posait sur son épaule, une mésange se servait de sa main comme d’un perchoir. Plusieurs fois toutes les lunes elle venait cueillir plantes, champignons ou mousses. Parfois elle dansait tout en chantant, riant avec les animaux qui s’amusaient entre ses jambes. Une seconde peau faite de lin tissé voletait sur son corps. Un long pelage couleur de feuilles d’automne lui ornait la tête et flottait sur ses épaules lorsqu’elle dansait. Elle se baignait souvent dans la petite vasque. Elle ôtait alors sa peau de lin ; une autre toison fauve ornait son ventre. Nous attendions tous sa venue, car dès qu’elle se trouvait céans l’air devenait plus vif, les odeurs plus roboratives. ~oOo~ Puis un jour, un autre être de la même espèce vint se réfugier près de nous. Il possédait lui aussi des poils sur le sommet du crâne mais aussi autour de la bouche. Du sang coulait de nombreuses blessures, une longue tige de bois sortait de son épaule : « une flèche » précisa le vieux cerf, une horrible chose inventée par les humains, une espèce animale peu recommandable. Le loup hérissa son poil et grogna, prêt à attaquer cet intrus quand elle arriva. La jeune humaine se précipita vers son semblable. Les animaux se rassérénèrent ; je m’intéressai aux activités de la jeune femelle au pelage ...
... fauve. Elle découpa la seconde peau du mâle, extirpa la longue tige plantée dans le corps de l’humain qui cria, puis elle apposa des herbes écrasées sur les blessures tandis qu’elle chantait. Longtemps elle resta à ses côtés, le rassurant, soignant sa fièvre, apaisant ses douleurs. Lorsqu’il put se lever, elle l’emmena vers un lieu inconnu. Le loup nous expliqua qu’elle l’emmenait dans sa tanière que les humains nomment « maison ». Des lunes passèrent avant qu’ils ne reviennent sur notre éminence. Ils se tenaient par les pattes avant. Ils s’enlacèrent et échangèrent leur salive. — C’est la trophallaxie, me murmura la fourmi ; ils échangent de la nourriture et des hormones. Ils s’allongèrent sur la mousse en enlevant leur surplus de peau. Le mâle caressait sa compagne, l’embrassait sur les tétons, fourrant son museau dans la douce fourrure rousse d’en bas. Il finit par s’allonger sur elle ; ils s’agitèrent, crièrent comme les loups en rut. Essoufflés, ils « rirent » – toujours selon la fourmi qui semblait bien renseignée. Puis ils reprirent par deux fois leur activité. Ils venaient souvent nous rendre visite ; ils se plaisaient en notre compagnie. Lui ne semblait plus souffrir de ses blessures. Lorsqu’ils venaient s’ébattre près de nous, nous étions heureux nous aussi. ~oOo~ Puis vint cette nuit d’horreur. Ils étaient là tous deux à s’embrasser, se faire des câlins et échanger des paroles douces lorsque nous entendîmes des bruits sourds, des grondements issus ...