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Salomé
Datte: 23/02/2021, Catégories: fhh, jeunes, Auteur: Patrik, Source: Revebebe
Personne ne pouvait dire si son prénom était bien Salomé. Depuis de nombreuses années, il en est ainsi, la fillette sombre et taciturne porte ce nom, beaucoup ayant même oublié son nom de famille. Puis la fillette a grandi, elle est devenue une adolescente puis une presque femme. Dans ce petit village du grand Sud baigné de soleil, dans ces débuts d’années 80, elle intriguait par ses vêtements sombres, son maquillage noir et morbide, ses idées noires et pessimistes. Elle est jolie, très jolie, d’un charme étrange avec ses grands yeux sombres qui lui mangent un visage fin aux lèvres délicates. Elle est svelte, pas très grande, une frêle poupée que beaucoup de garçons auraient bien voulu voir rire ou même simplement sourire. Elle, elle passe telle une ombre dans les rues gorgées de soleil. Elle vit chez sa grand-mère, une rude paysanne farouche. Ses parents, personne ne les a jamais vus, sauf peut-être quelques anciens dont la mémoire se mélange. L’école, elle ne connaît pas, ou si peu et puis, elle a eu seize ans, peut-être a-t-elle dix-huit ans à présent, ou vingt, qui peut le dire avec certitude. Quand certains s’aventurent à le lui demander, elle répond d’une voix atone : — J’ai l’âge des siècles qui passent… Alors, beaucoup abandonnent et se contentent de la voir survivre au soleil. La seule occupation un tant soit peu sociale qu’on lui connaît est le rugby. Elle assiste souvent, de loin, au fin fond des gradins, aux entraînements. Pourquoi ? Les torses des ...
... garçons sous l’effort ? Le choc des corps ? Elle est là-haut, le regard sombre et vague sur l’herbe piétinée. Le vent qui vient des montagnes est chaud, le crépuscule est rouge, les ombres longues s’étirent à l’infini, Salomé est dans son élément, affalée dans les gradins, regardant les garçons jouer aux durs. L’entraînement fut rude, les corps sont à présent las, les membres rompus. Les joueurs fatigués rentrent pour une douche bien méritée ; seuls, les jumeaux restent sur le terrain, le regard captif sur la fine silhouette de Salomé. Ils s’interrogent, depuis le temps qu’ils la connaissent. Depuis la fin de la maternelle, ils ont souvent veillé sur elle, sans doute sont-ils les seuls à qui elle ait adressé plus de dix mots sur toute une vie. J’attendais la nuit à l’ombre de l’usine J’regardais ma vie comme un vieux magazine Le vent était chaud le ciel plein de rouge Elle marchait sur un bateau qui bouge Ils s’interrogent encore un peu puis haussent les épaules. Casque en main, ils s’apprêtent à prendre une bonne douche rafraîchissante, tout en sifflotant cette chanson qui les poursuit depuis quelques minutes, quand soudain, l’un des jumeaux retient l’autre : Salomé descend lentement les gradins pour venir à eux. Déjà les jumeaux, amusés, hurlent, accolés l’un à l’autre : — Elle est v’nue vers moi pour m’apprendre mon rôle Quand ma solitude n’était vraiment pas drôle J’ai senti l’orage quand ma voix s’est cassée Mais déjà je dansais comme un ...