1. La première fois que j'ai entendu parler de la guerre


    Datte: 01/11/2026, Catégories: #nonérotique, #historique, Auteur: Pitziputz, Source: Revebebe

    ... on n’en avait plus jamais reparlé.
    
    Une fois mon état de sidération passé, je lui ai répondu :
    
    «Mon cher Arthur ou plutôt Simon,
    
    Rassure-moi, tu n’es pas en danger n’est-ce pas ? Oublie ce que je viens d’écrire, c’est tellement stupide mais, je m’inquiète pour toi. Tu as toujours eu des idées farfelues mais là c’est le pompon. Comment diable as-tu pu imaginer qu’en allant à la Légion, tu allais passer des vacances au Club Med ? Ta mère doit être morte de peur.
    
    Comme je suis cette guerre, qui me paraît soudain vaine et bien inutilement tuante, heure par heure, je sais que lorsque j’ai reçu ta lettre, huit jours après que tu ne l’as postée, tu devais déjà être en déploiement. J’espère que tu vas bien et que tu n’es déchiqueté de nulle part.
    
    Je ne connais pas les adresses de Sophie et des autres, mais je leur transmettrai la tienne.
    
    Prend soin de toi ».
    
    Arthur m’a écrit au rythme d’une lettre tous les deux jours. Dans l’une des enveloppes, il avait glissé des photos. Je le reconnaissais à peine. Le maigrichon, limite ...
    ... malingre s’était transformé en une baraque carrée. Son visage anguleux et triangulaire ressemblait maintenant à un pavé.
    
    — Que fais-tu quand tu ne fais pas la guerre, lui demandai-je sottement.
    — Bein rien. On ne fait rien d’autre quand on fait la guerre.
    — Ah mais évidemment… dix-neuf ans, ce n’était pas mon meilleur âge.
    
    Et puis un jour, une dernière lettre.
    
    «Salut,
    
    C’est fini, je rentre et je serai démobilisé. Ce serait sympa de se voir. Il faut que je règle quelques détails administratifs comme le fait que je suis considéré comme déserteur, mais ça ne devrait pas nous empêcher de nous croiser, non ? »
    
    Et Etienne, et Lalo, me demandez-vous. Je les voyais toujours mais moins. Je ne souhaitais pas partager ma première vraie guerre avec eux.
    
    Arthur est rentré. Il a été ennuyé. Il n’a pas su se réinsérer. Personne ne voulait d’un ancien légionnaire, même valeureux. Personne ne voulait d’un héros.
    
    Un soir de beuverie et de déprime, un soir de solitude accompagnée, Arthur s’en est allé, réussissant ce que l’ennemi avait raté. 
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