1. Préambule - Les haltes


    Datte: 28/10/2026, Catégories: #chronique, f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... la solitude heureuse. Les haltes passagères sont autant de lieux que la conscience nous restitue.
    
    Les architectes sont les instigateurs de la poésie urbaine. La ville nous emporte dans sa sensualité. Que je retrouve l’homme qui aime mon corps, qui aime mon corps sous la blancheur de ma robe, n’est pas l’unique raison de ma sortie matinale. Non quand le jour n’est pas levé, le corps entier profite, hume, sent et ressent la ville. La ville prend la pause fière et prétentieuse comme une jolie fille. Pourrais-je vous décrire l’état qui me tient alors ? Non, vivez-le !
    
    Mon corps dans le grand corps de la ville. Donnez-moi des rues, donnez-moi la nuit finissante et je mettrai mon corps au service du plaisir.
    
    J’ai fait promesse à mon ami de ne pas faire durer les prémices. Me délester du tissu léger qui me couvre ne dura que le temps d’un souffle. Me voilà nue sur la banquette de sa voiture décapotée. Je suis la verticale du plaisir quand horizontal et caché il m’absorbe. Sous les yeux étranges des monstres des gargouilles, je m’abandonne au plaisir.
    
    Telle que je suis, j’ai promis infidélité à Tom, alors dans la cohue des galeries marchandes je me suis mise en frais. J’ai opté pour une robe rouille courte et cintrée, pour des sandales décolletées et à chaque terrasse où je me suis assise j’ai donné à me voir.
    
    Dans une chambre ...
    ... isolée, j’ai entraîné un inconnu. Après dans un parc de verdure, j’ai mis en bouche deux hommes heureux. Il fallait une serre tropicale pour me fondre dans les verts enchevêtrements où l’on a joué de moi, de moi qui ai tant joui.
    
    Je puis dire qu’aux lieux même des villes, aux endroits du plaisir, aux passages entrevus, je peux ajouter l’espace de mon divan où de retour je m’abandonne au souvenir.
    
    J’ai relu Michel Foucault et ses Hétérotopies, ses haltes transitoires, les pays sans lieu, les moments uchroniques, les régions de passage. Je suis dans la région fermée de mon espace intime. Il y a de ces endroits dans la ville que mon regard fugace n’a pas capté dans l’instant de mon passage, et me voilà revivre ce que je n’ai pas encore vécue. Mais la vie ne s’arrête pas à la lisière de ma maison. Il y a du désir et du plaisir dans les zones sombres, dans les régions ouvertes de la halte transitoire. Il y a à vivre aussi dans les contre-espaces. Je suis une machine à désir et j’ai tant à vivre et à faire vivre encore. Le plaisir est une ville aux multiples entrelacs, aux coins et aux espaces cachés.
    
    Je suis et je serai comme je fus dans la déambulation, dans la quête effrénée de la joie du corps dans la ville.
    
    Je me suis endormie, j’étais fière d’être semblable à la ville la plus sensuelle du monde. N’est-ce pas ce que l’on en dit ? 
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