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Préambule - Les haltes
Datte: 28/10/2026, Catégories: #chronique, f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe
C’est à l’endroit même, c’est à sa table (que j’avais eu l’audace de réserver), c’est dans ce même café de l’avenue de Suffren, que je me suis posée, mon écran 6 pouces devant les yeux, pour rédiger les textes qui s’échelonneront au long des mois, qui couvriront l’automne et sans doute une partie de l’hiver. C’est donc là où mon ami, Louis-Camille, a écrit son roman « Les filles nues », que durant l’été, j’ai repris les textes d’une biographie qui sans doute ravira certains de mes lecteurs, en heurtera d’autres, portera la petite sudation et les légers tremblements à fleur de peau des narratophiles. D’abord un détour par des textes de portée poétique, pour renouer avec la sensualité, puis suivis par une bonne soixantaine de textes relatant une vie sexuelle que j’entends mener librement, hors des diktats et des convenances liés à la bien-pensance, loin des normes que la famille dans son grand ensemble entend par sa séculaire tyrannie faire de nous, femmes au corps jeune et non-engrossé ; je resterai dans le mouvement sensuel tant que le corps conservera son élasticité, son élan musculaire et son désir autonome. Foin de la famille nucléaire, l’école privée des enfants, de la demeure d’architecte ; honni soit celui qui lorgnerait l’occupation de mes murs, de mon dressing, de mon lit. Je garderai comme vous le savez mon intègre fidélité, je perpétuerai l’art du don de soi dans une réelle universalité. La ville sera comme elle le fût, mon terrain d’expérience, par ses ...
... luxueuses discrétions autant que par ses lieux interlopes. Je serai l’élément constant du désir des hommes dans la structure agencée que sont les rues, les avenues autant que les gares, les cafés et les espaces en friche. Alors que l’on me suive, que l’on m’accompagne ou que l’on me fuie, sans discontinuer je poursuivrai la quête d’aimer mon prochain peut-être plus que moi-même. Landeline-Rose Redinger. Les lieux rêvés. L’architecture. Les espaces entrevus par les fenêtres des trains. Les ponts, les lignes de fuite. Les traînées blanches des avions dans le ciel. Le froissement des ailes des planeurs dans l’air. Le drap déchiré de l’eau au passage des voiliers. Les escalators, les marches abruptes, les taxis de nuit, les trottoirs sous la pluie. J’ai traversé la ville nue sous mon imperméable, j’ai traversé la ville, j’ai traversé Paris. Les moteurs des voitures sont des bruits supportables. Le glissement métallique du métropolitain est un souvenir vivace. En gerbe d’eau les chaussées envoient dans l’air des crasses et des particules fines, et nous passons pourtant. Sous des capuchons, des parapluies, tête nue nous passons. Aux portes des musées on attend des amants, aux tables des cafés, on fume, on réchauffe nos mains et nos corps, et puis on part vers des chambres chauffées. Des chambres impersonnelles, des chambres dans les hôtels. On se donne corps à corps étrangement étrangers et puis on disparaît. Nous sommes singuliers dans les contrées communes. Nous ...