1. Mon amour de Bouddha


    Datte: 06/10/2026, Catégories: #initiatique, fh, religion, forêt, fête, Auteur: Turlupine, Source: Revebebe

    ... j’eus le droit à quelques mains baladeuses et drôlement bien placées. Je ne comprenais pas un traître mot de ce que mes prétendants avançaient, mais le langage peut être universel lorsqu’on joint le geste à la parole.
    
    De grisée, je passais à franchement saoule. Ce soju, après avoir incendié mon larynx et anesthésié mon palais, avait clairement annexé mon cerveau sans même négocier. Mes neurones n’étaient plus que des mochis gluants.
    
    Autour de moi, les rires éclataient, les verres se remplissaient aussitôt vidés, les « 건배 ! » résonnaient dans l’air nocturne avec la même ferveur qu’un chant de temple. La vapeur du bouillon d’eomuk me piquait les yeux, l’odeur du tteok grillé me hantait.
    
    Je tenais encore debout, probablement par la grâce du Saint-Esprit. Toutefois le monde commençait à onduler doucement, comme des nouilles ramen trop longtemps remuées dans leur bol. La dernière parcelle de lucidité qui me restait – petite, tremblotante, mais tenace – me souffla qu’il était urgent de retourner à l’hôtel avant que je ne décide, avec la conviction du soju, que m’endormir contre un distributeur de boissons chaudes était une excellente idée.
    
    Je quittai ainsi mes convives, malgré leurs invitations pressantes à rester. Puis je me lançai dans la descente du sentier sinueux, vacillante mais déterminée, pour rejoindre ma chambre située une dizaine de minutes plus bas, au cœur d’une forêt de pins soudain beaucoup trop mystérieuse.
    
    Il faisait noir, seules les étoiles dans ...
    ... le ciel me permettaient de m’y retrouver un peu. Je titubais, me cassait la tronche dans des camélias… ou des Camphriers ? Qu’importe ! J’étais bien trop ivre pour me lancer dans une enquête botanique.
    
    — Un verre, ça va…
    — Dix verres, bonjour les dégâts !
    
    Je finis la face la première dans un tapis végétal étonnamment moelleux, la cheville vaguement tordue et l’ego en charpie. À ce stade, je décidai que la terre faisait un excellent matelas et qu’il serait criminel de la quitter. De toute façon, je n’avais plus la moindre certitude d’être sur le bon chemin vers l’hôtel. Ni même dans la bonne direction du monde, à vrai dire.
    
    Il aurait pu faire – 15°, je crois bien que je ne m’en serais pas rendu compte.
    
    Un dernier regard vers la constellation du Scorpion – reconnaissable entre mille – et mes yeux se fermèrent. Gros dodo instantané.
    
    Fait étrange : je dormais paisiblement. Pas de montagnes russes, pas de lit qui tangue. Juste un silence moelleux et une nuit qui, contre toute logique éthylique, se montrait clémente.
    
    Je n’avais aucune idée de l’heure – seulement qu’il faisait noir, un noir compact, qui avalait tout. J’étais encore collée au sol lorsqu’un craquement de branche retentit quelque part derrière moi. Puis un deuxième. Plus proche.
    
    Je retins mon souffle. Mes pensées avançaient au ralenti, engluées dans les vapeurs de soju, mais mon instinct, lui, s’était soudain réveillé. Quelque chose bougeait. Quelque chose marchait.
    
    Un pas ? Deux ? Hésitants, ...
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