1. Je suis un garçon


    Datte: 26/09/2026, Catégories: #nonérotique, #fanfiction, Auteur: Aventurine, Source: Revebebe

    ... escrimeur, il lance alors :
    
    — Allez, on se fait un duel, toi et moi.
    
    Interdite, je louche sur la pointe de l’arme qu’il vient de pointer sous mon menton. C’est un sabre gris et noir tout en plastique, qu’il n’a visiblement pas construit de ses mains.
    
    — Alors, t’en penses quoi de mon sabre ? Il est bien plus grand que ton épée, t’as vu ?
    
    Derrière lui, ses acolytes se mettent à ricaner. Je recouvre soudainement mon âme valeureuse de chevalier et lui réponds calmement :
    
    — Ton sabre est plus grand, mais je suis sûre que tu sais pas t’en servir. En plus, tu l’as même pas fabriqué toi-même.
    
    Mon adversaire abandonne subitement sa pose et me dévisage d’un air perplexe. Nouveaux ricanements derrière lui. Je n’ose bouger quand la pointe du sabre de plastique passe sous ma visière et fait tomber ma casquette. Le visage joufflu, percé de deux yeux furieux, a piqué un fard.
    
    — Eh, César, c’est la fille Gautier, mon pote. La honte ! lance l’un de ses amis.
    
    César ne réagit pas et me fixe sans un mot. Il semble contenir sa rage avec une extrême difficulté.
    
    — Dégage. Fiche le camp avec ta putain d’épée, espèce de garçon manqué.
    
    Craignant un coup ou une bousculade, je recule doucement de quelques pas. Et pour la deuxième fois ce jour-là, une seule réponse intelligible parvient à mes lèvres :
    
    — Je suis PAS un garçon manqué. Je suis un garçon.
    
    Sans attendre de réponse, je tourne alors les talons et poursuis ma promenade, balançant nonchalamment l’épée sur mon ...
    ... épaule. Je sens que les trois paires d’yeux sont posées sur mon échine, mais m’efforce de ne pas me retourner. À quoi bon continuer à riposter ? Le crissement de feuilles mortes de chacun de mes pas défie insolemment le silence stupéfait qui règne près de la cabane.
    
    *****
    
    Des années ont passé. Depuis le temps de mes jeux d’enfants, je suis sortie d’un placard bien plus sombre que ma chambre minuscule. J’ai arrêté de placer des mouchoirs au creux de mes pantalons, mais je me souviens de ce jour où, enfant, j’ai dû justifier par deux fois de mon identité. Je suis devenue adulte et une question est revenue un jour me brûler les lèvres. Pourtant, au fond de moi, je n’avais plus ressenti le besoin de me la poser : pourquoi ne suis-je pas un garçon ?
    
    Ce questionnement me revient à l’occasion d’un dîner pendant lequel mon amoureuse me présente à sa famille comme sa compagne de vie, sa fiancée. Ève et moi sommes attablées main dans la main en terrasse autour d’un gâteau et de coupes de mousseux. Face à nous, ses parents et sa sœur affichent des visages choqués suite à l’annonce de notre projet commun.
    
    — Enfin, Papa, Maman, vous saviez que je la fréquentais… déclare Ève.
    
    Mon regard passe de l’un à l’autre des convives, je ne sais plus quoi ajouter pour la défense de mon couple. Puis j’ose une question, d’une voix douce, mais assurée :
    
    — Quel est le problème, Monsieur, nous voulons juste vivre ensemble…
    
    Le regard du père me fusille sur place. C’est le mot de trop. ...