1. Je suis un garçon


    Datte: 26/09/2026, Catégories: #nonérotique, #fanfiction, Auteur: Aventurine, Source: Revebebe

    ... Certes, je ne me sens pas vraiment différente avec cet artifice, pas davantage garçon ni moins fille. Mais que ne ferait-on pas pour les apparences… En position du garde-à-vous, j’esquisse quelques pas sur place, levant volontairement les genoux plus que nécessaire pour mieux juger du confort lié à mes nouveaux attributs. Nous ne faisons qu’un, je suis chevalier, viril et fier dans son resplendissant uniforme !
    
    En trombe, je sors de mes quartiers, saisissant mon épée fichée dans le porte-parapluie du vestibule. Je serre très fort la poignée de mon arme, fabriquée à la sueur de mon front dans l’atelier de mon père. Ajustant ma casquette pour mieux masquer mes cheveux mi-longs, je traverse la cour de la maison. Sur mon passage, poules et canards fuient pour leur vie alors que la lame de mon épée fend l’air. D’un pas assuré, je soulève volontairement la poussière du chemin afin de rendre mes bottines un peu moins luisantes. Bientôt, je passe devant la ferme voisine et jette un coup d’œil dans la cour. Sur le perron de la maison, les deux sœurs sont assises côte à côte et m’ont aperçue. Tout en tresses et en rubans, elles me suivent du regard, semblent jauger en silence chaque détail de mon allure. J’entre dans la cour sans y être invitée et suis accueillie par les aboiements furieux de Dick l’épagneul, fort heureusement attaché à sa niche par une longue chaîne rouillée. L’animal me connaît, mais n’apprécie guère mes visites.
    
    — Salut, dis-je lorsque je parviens à la ...
    ... hauteur des filles, qui ne daignent pas se lever.
    
    Près d’ Ève, l’aînée âgée de dix ans, il reste une place sur les marches. Saisie par l’espoir d’être invitée à m’y asseoir, je me rappelle son parfum et meurs d’envie de lui parler de plus près. Cependant, seuls un silence lourd et des lèvres pincées répondent à mon bonjour. Je baisse les yeux vers le granit des escaliers, ne sachant comment poursuivre.
    
    — C’est quoi cette dégaine, tu pars faucher les blés avec ton père ? lance alors Emma, la cadette, en désignant mon épée du doigt.
    
    Je hausse les épaules puis réplique en fronçant les sourcils :
    
    — Tu vois bien que c’est une épée, pas une faucille. Je suis le chevalier d’Éon.
    
    Un nouveau silence accueille ma déclaration. J’insiste, croyant avoir perçu un sourire chez Ève :
    
    — Vous voulez jouer ? On aurait dit qu’ Ève serait ma prétendante, et qu’Emma serait un autre chevalier qui voudrait me défier pour me la piquer.
    
    Sans crier gare, cette dernière se lève de la marche de pierre pour protester, les poings serrés :
    
    — Mais je veux pas faire le chevalier, moi, je suis pas un garçon ! Et toi non plus t’en es pas un, d’ailleurs !
    — Si, je suis un garçon, je suis le chevalier d’Éon.
    
    Je lui réponds sans une once de doute, sans l’ombre d’une honte, mes yeux cernés plantés dans les siens. À son tour, Ève se lève d’un bond et s’exclame, en direction de sa sœur :
    
    — Moi je veux bien être la prétendante, allez c’est qu’un jeu Emma ! Tu peux faire mon amie duchesse, ou ...
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