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Mademoiselle et le professeur de piano
Datte: 13/09/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: CDuvert, Source: Hds
Prélude La sonnette retentit dans notre hôtel particulier avec cette sonorité cristalline qui n'appartient qu'aux demeures de bon goût. Maman tressaille délicatement, renversant presque sa tasse de porcelaine de Limoges sur sa robe Chanel. « Ma chérie ! » s'exclame-t-elle en se levant précipitamment de son secrétaire Louis XVI, « Maître Dumont arrive ! Va te coiffer convenablement, arrange ta tenue... Mon Dieu, j'espère que tu ne porteras pas une de ces... créations excentriques dont tu as le secret ! » Je lève les yeux de mon roman - un Laclos, évidemment, que je feuillette avec une innocence feinte - et observe ma mère qui s'agite comme une poule dans sa basse-cour dorée. « Maman, vous me vexez », je réponds avec cette douceur sirupeuse que je réserve aux grandes occasions. « J'ai choisi une tenue parfaitement sage pour accueillir notre distingué professeur. » Papa émerge de son fumoir, un cigare cubain à la main, l'air satisfait de lui-même avec cette suffisance qui caractérise les grands bourgeois ayant résolu un problème épineux par un trait de génie. « Alors, ma fille ? Tu es prête pour ta première leçon de piano ? » dit-il en rajustant sa cravate Hermès. « Maître Dumont jouit d'une réputation excellente dans tout Paris. Ancien élève du Conservatoire, virtuose accompli... » « ... et aveugle », j'ajoute avec un sourire angélique. Maman et papa échangent un regard complice, croyant que leur petite Charlotte ne saisit pas les subtilités de leur ...
... stratégie parentale. « En effet », concède papa en toussotant dans sa barbe soigneusement taillée. « Un accident dans sa jeunesse, paraît-il. Mais quelle importance ? L'art transcende ces... contingences matérielles. » « D'autant plus », renchérit maman avec cette logique imparable des dames patronnesses, « qu'un professeur dans sa situation ne saurait être... distrait par des considérations... comment dire... » « Triviales ? » je suggère innocemment. « Exactement ! » triomphe papa. « Voilà bien l'esprit que nous souhaitons t'inculquer. L'élévation intellectuelle, la noblesse des sentiments, l'art pour l'art ! » Mes parents se congratulent mutuellement de leur trouvaille. Ils ont résolu l'équation impossible : comment procurer une éducation musicale à leur fille sans l'exposer aux dangereux charmes masculins ? La réponse leur est apparue d'une évidence biblique : un professeur privé de vue ne saurait être troublé par les attraits d'une demoiselle de dix-neuf ans. Pauvres agnellets... Ils ignorent que leur « solution » constitue à mes yeux le défi le plus exquis qui soit. La gouvernante traverse le hall d'entrée de son pas feutré, ses clefs tintant à sa ceinture comme un carillon domestique. « Monsieur le Professeur Dumont demande à être reçu », annonce-t-elle avec cette solennité qu'elle réserve aux visiteurs de qualité. « Faites-le entrer au salon de musique ! » ordonne maman, vérifiant une dernière fois sa coiffure dans le miroir vénitien de ...