1. La chaise mexicaine


    Datte: 04/09/2026, Catégories: #biographie, #psychologie, #rencontre, #confession, Oral Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    ... petite robe noire qui lui allait bien et cachait ses yeux derrière des lunettes de soleil. J’étais un peu gêné car je ne savais pas ce qu’elle avait entendu en s’approchant. De son côté, elle était gênée aussi car elle avait cru la chaise abandonnée. Nous bredouillâmes donc quelques paroles inutiles en regardant ailleurs et je me retrouvais à nouveau seul. Mais je n’avais pas envie de poursuivre. La jalousie structurelle d’Ivy aurait dû fonctionner. Dans une situation pareille, elle aurait sûrement dénigré cette inconnue, trouvant quelque chose à lui reprocher. Son silence me fit me sentir vraiment seul. Je parlais comme un dingue devant sa tombe et je n’avais pas envie de poursuivre.
    
    Le lendemain pourtant, j’étais là, fidèle au poste avec un pot de nemesias rouges dans les mains. Ivy adorait les fleurs et nous ruinait en achats à chaque printemps. Je voulais lui montrer que malgré son décès, je restais coopératif. La chaise m’attendait, sagement.
    
    — Ensuite, il y en a eu d’autres, ai-je repris. J’avais pris goût à ces séances d’adultère. La suivante avait dix à quinze ans de plus que nous. C’était une femme un peu bizarre, un peu allumée. Elle a attiré mon attention parce qu’elle portait tout le temps des robes longues boutonnées par devant. Une fois que je me suis imaginé en train de défaire ces boutons un par un, je n’ai plus réussi à penser à autre chose avant de l’avoir fait. Quand je l’embrassais, elle avait un goût étrange, un peu désagréable. Je travaillais à ...
    ... cette époque-là aux archives, dans un local en sous-sol. Elle m’y rejoignait et je l’asseyais sur mes genoux, glissait mes mains sous ses vêtements pendant qu’elle me parlait d’elle, de sa vie, de sa fille, de ses ex et de ses difficultés au travail. Je ne l’écoutais pas, préférant déboutonner sa robe et pincer ses gros tétons. Si tu l’avais vue, tu n’aurais jamais compris ce que je lui trouvais mais c’est justement ça qui m’excitait, sa mollesse, sa passivité. Tu comprends, c’est vrai pour celle-ci et aussi pour les autres, j’étais sûr de ne jamais tomber amoureux. Il y avait chez chacune d’elle quelque chose de rédhibitoire qui rendait impossible une histoire d’amour. Quand elles finissaient par le comprendre, la liaison se terminait naturellement et j’étais soulagé de ne plus en être encombré.
    
    Le gravier grince ; la veuve en noir passe derrière moi discrètement ; je m’interromps le temps qu’elle s’éloigne.
    
    — Il y en a eu douze en tout. Ce n’est pas beaucoup, finalement, pendant une dizaine d’années, entre nos quarante et nos cinquante ans. Si tu n’avais rien découvert, cela aurait certainement continué un peu mais pas tant que ça puisque mon départ à la retraite aurait de toute façon sonné la fin de ces amours éphémères. Cette débauche sexuelle était complètement liée à mon travail et le plus souvent, je me suis envoyé en l’air à l’heure du déjeuner. J’étais là pour emmener les enfants au judo, faire la vaisselle et nous avons toujours passé nos vacances ensemble. Bref, ...
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