1. Pale blue eyes


    Datte: 27/08/2026, Catégories: #biographie, #historique, #roadmovie, #coupdefoudre, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    ... fait, la pièce. Sinon, je ne t’aurais jamais rencontrée.
    — On part quand ?
    
    Je pense à elle comme au sommet de ma montagne,
    
    Je pense à elle comme à mon apogée,
    
    Je m’attarde sur ses yeux bleu pâle*.
    
    J’ai envie de vivre quelque chose de beau, quelque chose de fort, quelque chose de vrai. Le rat a envie de quitter la cale du navire.
    
    Le lendemain, j’écume les vendeurs de voitures d’occasion et je trouve au fond du Bronx un type qui fourgue un vieux car scolaire. J’embarque à l’aube ou au crépuscule mes cassettes et mon stock de pilules, mes économies et ma poupée et on part en direction de l’Ouest. Comme Turquoise ne veut absolument pas traverser le Minnesota, ou le Wyoming, on prend par le Sud, la Nouvelle-Orléans, le Texas et l’Arizona. C’est plus long, mais il fait plus chaud.
    
    On roule, on baise, on dort peu, on ne visite pas. Je tiens grâce à mes amies les pilules. Mon stock fond à vue d’œil. Il faut que je rationne Turquoise qui me supplie toujours pour en avoir « une petite en plus ». On trouve dans une station essence une cassette d’un groupe californien, Big Brother and the Holding Company. C’est une fille qui chante et on tombe raides dingues de sa voix, tous les deux. On sent déjà qu’on pourra être heureux là-bas, s’il y a des filles comme elle qui chantent, que plus rien ne sera jamais pareil. Peut-être même qu’on pourra arrêter les pilules, je pense.
    
    On croit que le voyage dure éternellement et un soir, au coucher du soleil, les roues du car ...
    ... s’enfoncent dans le sable. Nous sortons du véhicule comme des zombies, nous montons la dune et là, il y a l’océan pacifique qui nous attendait depuis le début, avec ce bon vieux soleil de la préhistoire qui s’en va en Chine, aussi rouge que le président Mao. Nous sommes assommés par la beauté du monde, nous tombons assis, nous respirons avec difficulté.
    
    Nous jetons nos chaussures et nous nous avançons vers l’océan, main dans la main. Turquoise qui était si volubile il y quelques instants encore ne dit plus rien. Sa main est froide dans la mienne. Au bord de l’eau, dans les vaguelettes qui s’écrasent sur le sable, il y a quatre ou cinq phoques, un gros, deux moyens et quelques petits à beaux yeux. Ils nous regardent et nous les regardons. Cela dure plus longtemps que tout le reste de notre histoire.
    
    Turquoise est derrière moi et je l’entends qui se déshabille. Je ne réagis pas. Je ne lui demande pas ce qu’elle fait. Quand elle me dépasse, elle est nue et elle marche vers l’eau et les phoques. Je regarde ses petites fesses que j’aime s’éloigner de moi et je ne pose aucune question. Turquoise contourne les phoques pour ne pas les effrayer et elle entre dans l’eau un peu plus loin. J’aimerais que Janis Joplin chante encore pour nous, que Turquoise revienne, mais je ne bouge pas parce que je sais, depuis le début.
    
    Je t’ai eu, mais je ne pouvais pas te garder,
    
    Je t’ai eu, mais je ne pouvais pas te garder,
    
    Je m’attarde sur tes yeux bleu pâle*.
    
    Elle plonge dans une vague ...
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