1. Pale blue eyes


    Datte: 27/08/2026, Catégories: #biographie, #historique, #roadmovie, #coupdefoudre, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    Parfois je me sens si heureux et parfois je me sens si triste*. C’est dimanche matin*. Ou dimanche soir, ou lundi midi. Le grand loft, entrepôt, salle de répétition où nous traînons en permanence n’a pas de fenêtres. Et personne n’a de montre, ce n’est pas le genre de gadget que nous possédons. On entre ici en se glissant sous un énorme rideau violet. Toutes les ampoules ont été peintes en rouge comme dans un local de développement photo.
    
    Bien sûr, la star ici c’est Louis. Tout le monde vient pour le voir, pour l’écouter jouer, pour partager sa dope. Les filles qui traînent espèrent coucher avec lui et devenir la petite amie officielle. Parce que tous les gens savent ici que Louis va devenir célèbre, que ce sera énorme et que s’ils parviennent à rester assez près de lui, ils seront dans l’histoire. Il n’y a que Louis qui n’est pas au courant.
    
    Il est certain d’être un raté. Il ne voit pas qu’on l’aime, il ne veut pas qu’on l’aime. Lui, il n’aime personne. Il est assis en tailleur sur un vieux frigo rouillé, des lunettes noires dans l’obscurité et il joue une phrase sur sa guitare, toujours la même. Quand Louis trouve une mélodie, il la joue en boucle pendant des heures. Il la joue jusqu’à ce qu’il en ait épuisé toutes les possibilités. Il essaye des mots sur sa mélodie et les mots aussi, il peut les répéter pendant des heures. Depuis hier, il répète cette phrase : « C’est ma femme et c’est ma vie » *. C’est carrément lancinant. Je pourrais m’endormir sur cette phrase. ...
    ... Je ne sais pas ce qu’il va en faire.
    
    Il parle de la dope en fait. Dans ses chansons, Louis veut toujours passer pour un dur. Il prend des trucs, comme nous tous, mais pas plus que les autres. S’il est maqué à quelque chose, c’est plutôt sa guitare. En tout cas, personne ne le calcule, là-bas sur son frigo. Tout le monde a l’habitude. Dans les permanents du loft, il y a aussi John. Encore un drôle de type, ce John, un Anglais, ou un Écossais, ou plutôt un Gallois, oui c’est ça, John est gallois aussi improbable que cela puisse paraître. Un Gallois fou à New York qui joue du violon.
    
    John, c’est l’alcool qui le fait tenir debout. Il boit comme un trou. Et quand il mélange avec les petites pilules que je lui refile, il atteint des sommets. John est un musicien professionnel, le seul à traîner par ici. Quand il est sobre, il fait les trucs habituels avec son violon, il travaille avec des studios classiques et tout. Mais quand il est chargé et qu’il se lâche, cela devient quelque chose que personne n’a jamais entendu, une horreur, pire qu’un passage chez le dentiste. Il a bricolé et électrifié son instrument. Il s’en sert comme d’une arme. Avec Louis, ils adorent se prendre le chou avec leurs instruments, une sorte de duel qui atteint nos pauvres cerveaux. Le premier qui chique a perdu. En général, ils s’effondrent ensemble, appuyés l’un contre l’autre, comme des vieux lutteurs de sumo, avec les amplis qui hurlent à la mort derrière eux.
    
    L’arbitre, c’est Moe. Bien que Moe ...
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