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Encens de benjoin, gros sel et bol chantant
Datte: 16/08/2026, Catégories: nonéro, #drame, anniversai, amour, dispute, cérébral, Auteur: Olaf, Source: Revebebe
... fou de lui donner un peu de réconfort. Quelque chose de fort, de beau, de bouleversant passe alors entre nous. Il me prend entre ses bras, comme un naufragé s’empare d’une bouée. Je le serre de toutes mes forces contre moi, avant que nous nous mettions à pleurer, sangloter, gémir, expulser ce qui menace de le détruire, et moi avec lui, si je m’abandonne sans garde-fou aux émotions qui nous étreignent. Un préposé aux manifestations officielles et gouvernementales de douleur nous sort de notre bulle, et nous pousse à entrer dans la morgue. Nos mains étroitement serrées, nous le suivons, traversons un couloir gris et froid, puis entrons avec de nombreux autres proches dans une grande salle au milieu de laquelle plusieurs cercueils sont placés, séparés les uns des autres par des paravents. On nous explique que pour atténuer la violence de la procédure, les personnes présentes peuvent choisir de voir les défunts ou se limiter à procéder à la reconnaissance officielle sur une photo réalisée par l’Institut de médecine légale. Je n’ai jamais été confrontée à la mort, surtout pas de cette manière impersonnelle et tragique. J’accepte toutefois de suivre Fabien, qui, d’une manière étrange mais pleine de sens, souhaite me « présenter » sa femme et sa fille, comme il le dit à voix basse. Je réaliserai plus tard que, de cette manière, Fabien rétablit le fil de notre relation, entre notre rupture violente, sa nouvelle vie avec femme et enfant, puis le drame de l’attentat et de ...
... leur disparition. Sur le moment, je subis le choc du drap mortuaire qu’un préposé soulève après un bref signe d’acquiescement de la part de Fabien. Contrairement à Fabien, je suis incapable de retenir mes larmes en découvrant le visage de la femme, et surtout de sa toute jeune fille. Malgré le bousculement des émotions et des sentiments, je dois toutefois reconnaître qu’ils ne portent aucune trace de souffrance. Ils sont presque sereins, comme endormis un peu plus profondément que d’habitude. Fabien passe son bras autour de moi pour m’aider à parcourir les deux pas qui nous séparent des cercueils. Je l’entends dans un brouillard des sens prononcer des mots d’adieu. Dans mon cœur se forme une prière, pour les défuntes, mais surtout pour Fabien. Pendant que monte mon incantation vers je ne sais qui, je ne sais où, je me demande fugitivement comme occulter une telle horreur, une telle injustice au moment de reprendre sa vie en main. Comment repousser l’emprise de la mort dans de telles circonstances ? Je ne peux accepter, mais ne peux pas non plus éviter d’entendre la petite voix qui me répond. Au plus profond de mon être, de ma féminité, un bouillonnement animal remet en question mon refus de donner la vie. Aucune vie ne remplace une autre. On ne fait pas d’enfant pour compenser la perte d’un autre. Mais on peut donner et retrouver tant d’amour après un deuil et la perte d’une partie de sa vie, qu’une petite place devient possible pour un être nouveau. Une place qui ...