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Volontaire désigné d'office
Datte: 04/08/2026, Catégories: #nonérotique, #historique, #Collègues / Travail, f, h, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe
... son destin. À la fin de la journée, ils sont quelques centaines à être parqués sous des toiles de tente, alors que leurs amis, copains ou collègues qui ont refusé la proposition de l’officier disparaissent à pied dans la nuit pour une destination mal définie. Assis dans un coin, Gaston voit son voisin, un grand type roux, fumer une cigarette. Leurs yeux se croisent et le gars, encore bien jeune, cherche un soutien visuel dans son regard. — Tu veux une clope ? — Non… je ne fume pas… — Ah… Benoit, je m’appelle Benoit. — Moi, c’est Gaston… — Tu es volontaire pour les fermes de Forêt-Noire ? — On va dire ça comme ça… volontaire désigné d’office. — Moi, mes parents ont une ferme dans la Beauce… le boche m’a tout de suite mis dans la file des travailleurs. — Et moi, je suis maître d’école… lui aussi, alors, tu comprends… Benoit, il m’a dirigé vers de meilleures conditions d’internement. Il a fait de moi finalement un privilégié… — Ben… l’important c’est bien que nous allons être mis à l’abri et que nous avons plus de chances de vivre mieux que dans un camp, non ? — On peut voir ça sous cet angle, oui. Mais je la trouve un peu saumâtre… enfin on n’a guère d’autre choix que de subir. Essayons de dormir un peu… Combien sont-ils dans ce train qui les emmène vers les frontières de l’Est ? Tous sont perdus dans leurs pensées et un long arrêt en gare de Strasbourg met des idées en tête aux voyageurs qui scrutent les environs. Sûrement sont-ils très nombreux à rêver de ...
... filer, mais les fusils et les chiens qui encadrent leur convoi sont d’une dissuasion totale. Personne ne joue la fille de l’air, même si tous y songent. Lorsque la locomotive s’essouffle et reprend de la vitesse, les yeux qui aux fenêtres suivent les paysages bien peu différents de ceux de la France, ces quinquets-là savent tous que la langue n’est plus le français de ce côté-ci. Cependant, Gaston fait partie du petit nombre qui comprend l’allemand pour l’avoir étudié lors de sa scolarité. Ce n’est pas le cas de la plupart de ceux qu’il nomme, mentalement, des déportés. Au fil des étapes dans des gares aux noms imprononçables, les wagons se délestent de leur cargaison humaine. C’est à Fribourg qu’il se retrouve embarqué dans un camion militaire, et hasard de la vie, Benoit, lui aussi, est dans le même bahut. Ensemble donc, ils grimpent les pentes de cette Forêt-Noire encore ensoleillée et verte, puis, par groupe de deux, leurs compagnons de route les quittent pour finir le voyage vers des destinations dont ils ignorent tout. Ils ne sont plus que quatre lorsque le camion s’arrête au croisement de la route et d’un chemin de terre. Au loin, le toit de tuiles rouge d’une ferme, ceux des bâtiments annexes aussi, et le garde appelle avec son accent épouvantable : Benoit Manseaux et Gaston Lafarge. C’est le terminus pour eux ? Sur le bas-côté, alors qu’ils viennent de sauter au sol, un vieux bonhomme et un jeune garçon sont là. Le garde fait signer au vieillard quelques papiers, le ...