1. La pluie tombe


    Datte: 01/08/2026, Catégories: #journal, f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... blottie entre Le rose et le vert de Sthendal et un roman de Michel Butor. Nicole Védres.
    
    Il est naturellement tentant d’établir des passerelles entre soi-même et un personnage qui, de par sa singularité, serait un peu nous ou dont on aimerait qu’une part nous revienne. Nicole cultivait la sédentarité comme d’autres font un incessant voyage. Mais de ce surplace, elle était bien mon égale dans les grandes traversées qu’elle faisait dans Paris, même si notre Paris est sans doute très différent. Peut-être. Ainsi par un jour de pluie insulaire, moi qui m’étais tant voulue hors les murs de la capitale, je me mis à rêvasser, foulant les rues du 6e arrondissement cherchant quelques traces, même minimes, de Nicole. J’avais aimé cette modernité qu’elle cultivait, au cours de ces nuits où elle divaguait parfois dans un savoureux désordre. Essayant ce manteau d’homme, ce manteau de voyage, ou déambulant en flâneuse parisienne, découvrant des impasses, rebroussant chemin pour s’entretenir en terrasse du dernier roman d’untel, puis regagnant la rue de Fürstenberg pour quelques chroniques à coucher sur le papier. Fumait-elle en écrivant, une cafetière sifflait-elle près d’elle pour la tenir éveillée une nuit durant. Là dans ma petite villa, loin du monde connecté, je savais si peu d’elle et je n’y pouvais rien. Que la nouvelle technologie informatique n’arrivât pas en certains lieux apparaît parfois comme un petit désagrément, et les jours passant, on se plaît à retrouver les plaisirs ...
    ... de l’attente, les vertus de la patience. Un seul coup de fil – car le téléphone fonctionne pourvu qu’on aille à quelques pas de là dans le patio – à mon ami Tom pour que je fusse au parfum de la vie de Nicole dans ses plus beaux détails. Mais je ne le fis pas. Par pure volonté, et aussi de ne pas le faire m’engageait d’ores et déjà, dans le pas à pas vers cette femme qui de sa part de mystère, agrémentait quelque peu mon séjour en aiguisant ma curiosité. J’étais alors sur le chemin qui mettait mes pas dans les siens, j’étais sans l’être, un peu elle. Je retournais à ma sédentarité avec un petit supplément d’allégresse.
    
    Bien sûr ma focale ne fut pas uniquement centrée sur Nicole ; j’eus d’autres plaisirs. Cultiver la solitude était un moyen de désirer la multitude. Et si j’avais eu quelque aperçu de l’éveil printanier de mon corps au désir, bien que celui-ci ne retombât que peu, je me plaisais aux marches matinales, à la contemplation marine, à la stagnation vespérale. Sous mon capuchon, les jours de pluie ardente, sous un fichu léger les jours de soleil plombant, j’allais sans but. Sans autre lieu que celui du bien-être.
    
    J’avais usé de la bicyclette à traction électrique, mais qu’un peu d’effort entretienne le maintien musculaire, me rappela à l’ordre.
    
    Un groupe de cyclotouristes sexagénaires m’enjoignait à me mettre dans le rythme, mais je pris cet appel pour une amorce de séduction ; je gardais ma cadence de pédalage flâneuse.
    
    Quand les premières gouttes de pluie ...