1. La pluie tombe


    Datte: 01/08/2026, Catégories: #journal, f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    Vous me connaissez maintenant. Vous me connaissez oserais-je dire, sous toutes les coutures. Vous savez mon goût pour la précision et le détail. Ai-je omis antérieurement quelque bribe qui vous manquât ? N’ai-je point suffisamment affiné le récit pour que, las des généralités, vous ne preniez congé de moi ?. Non, je ne le pense pas. Si l’on mesurait la portée littéraire et l’impact d’une virgule bien posée, d’un synonyme savamment choisi, je crois alors que l’unité de cette mesure serait votre plaisir. Bref, pourquoi ce préambule ?
    
    J’ai autant le souci de relater le détail d’une scène vécue, que celui de faire ressentir ce qu’à mon sens nous perdons de vue, soit, le temps et la distance. Pour situer les choses, rappelons-nous que je suis piétonne, que je suis joggeuse, accessoirement le Vélib’ est un moyen heureux de transporter mon corps d’un point A vers mon point G.
    
    Donc j’étais venue dans le petit cabriolet MG de Tom – ah ! Je ne vous ai toujours pas parlé de Tom ; je le ferai en temps voulu – par un premier soleil de mai, d’abord par les voies rapides puis par les départementales. J’avais gagné seule la petite île d’O que j’affectionne tout particulièrement en mai. Hors de mai, on ne m’y voit pas. Je n’étais ni décidée à travailler pas plus qu’à écrire – ce qui constitue un travail – ni à relire les chroniques érotiques que j’écrivais pour Octavie D. dont j’étais le nègre.
    
    Bref, je me voyais me promenant le nez au vent sur une bicyclette électrique louée sur le ...
    ... port, arpentant les kilomètres de piste qui menaient au phare, en course lente ou bien plongée dans la lecture duVieux saltimbanque, dernier ouvrage de Jim Harrison. Et là où je me voyais, je fus. À ceci près qu’au premier kilomètre sur la piste du phare, des aiguillons acides dans le mollet droit – muscle soléaire selon un ami médecin du sport – me clouèrent littéralement sur place. Mes projets pour l’Urban trail de Lyon étaient bien compromis pensai-je alors. Tout à fait curieusement, mon corps semblait parfois me sanctionner, ce qui à mon sens constituait une réelle injustice ; je mettais un point d’honneur à cultiver dynamisme et ardeur afin qu’il demeurât tonique et disponible. Donc de course à pied je me vis privée quelques jours, voire bien plus. Me restait à cultiver l’oisiveté.
    
    J’étais venue sur l’île d’O avec cette idée que le temps m’était donné. J’allais bel et bien bannir la tâche ardue qu’est l’écriture puisque depuis la parution de mon premier roman, cela me laissait une aisance rémunératrice, au même titre que mes prestations d’Escort dont vous avez déjà eu vent, je crois. Mais pour cette fois, repos du corps, des mains, seul l’esprit en éveil devait constituer une activité de préservation, une manière de ne pas sombrer dans une passivité, condamnée à tout le moins par Saint Augustin ou Angélus Silesius. Bref, que le corps fut inerte et morne ne devait en aucun cas rendre l’esprit à la mortitude d’un électro-encéphalogramme plat. Donc la lecture de ce vieux ...
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