1. La pluie tombe


    Datte: 01/08/2026, Catégories: #journal, f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... Jim, constituait une véritable jouissance tant cet homme pouvait faire de bien à la littérature. Lire Big Jim équivalait à voir la vie en mieux, à faire l’économie de deux années de psychothérapie. Qu’Albane s’en laisse convaincre et sur-le-champ je lui apporte l’œuvre complète, romans poésies et novelas du vieux borgne. J’en étais là, à m’ébahir de la lenteur des journées, à m’extasier devant trois figues tombées du figuier.
    
    Pour mon muscle soléaire atrophié, les bulles du jacuzzi semblaient un bienfait et mon corps s’y plongeait à loisir. J’aimais l’idée que fermant les yeux, immergée et nue, je puisse demeurer ainsi, hors de toute convoitise, hors de toute tentation, hors du péché de chair. Saint Augustin lui-même avait beau jeu de fanfaronner, n’avait-il jadis connu d’autres voies que celle de la foi de Dieu ? Oh ! Mon esprit sans doute divague et de ce commérage je me repens en laissant sous l’eau mon visage jusqu’à la suffocation. De Saint Augustin au Grand Bleu il n’y a qu’un pas. Sortie sur la terrasse encore baignée de soleil, tandis que je séchais mon grand corps sous une blanche serviette éponge, j’avisai dans la bibliothèque un livre à la couverture vert-pastel de facture classique. Pourquoi faut-il que parfois nous croisions nos vies avec d’autres et, que de ces rencontres notre route change de cap ? Il en fut donc ainsi de ce moment que je peux situer avec précision, entre le bain à bulles et le séchage de mon corps nu sur la terrasse ensoleillée. Ce fut ...
    ... là que je rencontrai pour la toute première fois, celle qui faillit me faire plier bagage et retrouver Paris bien plus vite que je n’en étais partie.
    
    Est-ce qu’un livre fondu dans le rayonnage d’une pièce agencée à la fois en bibliothèque, en salon d’apéritif, accessoirement en lieu de sommeil, est-ce qu’un livre peut devenir un objet usuel, figé ? Sans doute. La plupart des œuvres qui ont fait suer sang et eau leurs auteurs finissent leur vie à regarder passer des générations de lecteurs qui ne les voient pas. Ou bien sur les étals hebdomadaires du parc Georges-Brassens. Et puis, bizarrement comme ça, l’un d’eux renaît d’entre les morts pour vivre une petite vie. Une petite vie de main en main puis une nouvelle vie, semblablement à moi, morfondue d’un hiver sans désir qu’une main heureuse trouve à faire revivre. Cet égocentrisme n’est pas pour me déplaire. Je suis un livre rare qui ne peut prendre la poussière. Bon, foin de moi et de ma petite personne n’est-ce pas ?
    
    Non contente de poser mes fesses dans son petit cabriolet, j’avais aussi habité la maison insulaire de Tom durant plusieurs semaines. Y demeurer seule me faisait le plus grand bien. Le printemps renaissait laissant quelques touristes baguenauder, quelques cyclistes, au final l’île d’O dormait encore. Elle somnolait. Entre sommeil et balade sur ma bicyclette électrique de location, j’occupais mes journées à la lecture. Donc, j’y viens. Elle s’appelait Nicole. Nicole Védres et je l’ai rencontrée incidemment ...