1. Noël au tison


    Datte: 03/07/2026, Catégories: fff, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... Jacques Demy avec Pierre-Etienne.
    
    Boulle, une grande fille filiforme ne devait son surnom qu’à l’école d’où jeune élève prometteuse, elle enseignait depuis plusieurs années l’agencement de l’environnement architectural et la recherche des objets de manufacture du XIXe à nos jours.
    
    Boulle eut juste à poser le petit bonnet rouge et fourré sur son crâne, car, par un choix, il semblait qu’elle fut hiver comme été cet être dégingandé qui traînait son allure de bar en bar, d’expos en boîtes de nuit, vêtue de fringues rouges invariablement, qui la faisait osciller à qui la voyait passer, entre petit chaperon rouge ou Mère-Noël.
    
    Si l’on peut considérer le studio de vingt-cinq mètres carrés, les sept chats qui l’occupent et un compte en banque aussi rouge que ses jupettes, alors on a fait le tour de la personne. Mais doit-on occulter son goût immodéré pour les fêtes et plus particulièrement Noël ?
    
    Si seule rescapée d’une famille broyée par le décrochage des contrepoids d’une grue de chantier, Boulle sut se construire une vie acceptable entre ses amies et le prozac, et s’allant le cœur léger de station en station, elle considéra ces étapes semblablement à Jésus et ses quatorze stations, mais sa couronne d’épines ce soir avait le poids de la plume.
    
    Elle n’aurait pu trouver famille aussi aimante que ses quatre amies. La grue l’avait peut-être sauvée d’un patriarcat lourd comme les contrepoids qui solutionnèrent l’idée même d’une famille dysfonctionnelle.
    
    Elle quitta ...
    ... la station pour se retrouver quelque cinquante mètres plus loin au bar de Sabine.
    
    Lorsque Vitalie ouvrit la porte du bar, il lui apparut que, pour cette soirée, pour cette nuit, elle allait s’assimiler à ses amies chrétiennes (l’étaient-elles ?) et jouer le jeu de la fête de la nativité. Elle allait se bâfrer, elle dont le corps contenait si peu, elle allait boire et, comme nul ne peut échapper à ses contradictions, elle danserait sur de la musique païenne. La liturgie chrétienne sonnait à minuit, alors même que les cinq filles seraient parcourues de deux grammes d’alcool dans les veines et que la mansarde n’aurait plus rien à envier au smog londonien, mais le brouillard serait d’une tout autre nature.
    
    De cet instant, de cette nuit unique pour elle, Vitalie n’irait pas se vanter à son père à qui elle cachait la moitié de son existence en en travestissant l’autre moitié. Son père qui, par ses accointances, lui avait offert l’appartement cosy et cossu qu’elle occupait à titre gratuit, papa assurant les besoins élémentaires de sa vie.
    
    Il fallait parfois se confectionner un costume si différent de celui dont on était vêtu depuis l’enfance, que le décider en toute conscience ne suffisait pas. Alors, autant prendre le parti des excipients pour entrer de plain-pied dans la fête.
    
    Sans doute Vitalie avait-elle moins d’aisance à le faire que ses amies. Sans doute. Parfois, la vie mansardée de Sabine lui semblait enviable. De celle de Landie, oh ! elle ne voudrait ni ne ...
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