1. Noël au tison


    Datte: 03/07/2026, Catégories: fff, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    Pour cette fois Sabine avait troqué le chapeau que Landie lui avait ramené de ses pérégrinations européennes contre un petit bonnet rouge bordé d’une épaisse fourrure blanche.
    
    Dans l’espoir de divertir son observateur, elle aimait à varier les plaisirs. Ainsi avait-il pu la voir masquée d’un loup de dentelle, d’un chapeau de paille aux beaux jours, d’une toque en hiver et même d’une cagoule de latex noir laissant à son voyeur, seuls ses yeux charbonneux et ses lèvres d’un sang criminel.
    
    Puisque Sabine prenait plaisir à se tenir devant sa toile, là, sous les toits de zinc de sa mansarde, elle voulait que ce bonheur file par la lucarne et se pose comme une brise chez qui voudrait bien en prendre un différent.
    
    Si Sabine ne vivait pas de son art, pour autant, elle vivait. Son job de barmaid lui donnait de descendre de quelques étages et de retrouver une autre forme de vie.
    
    Elle avait gardé la petite toque de Noël sur sa tête, enfilé une micro-jupe, des Doc Martens et son buste dans ce qui ressemblait plus à une camisole qu’à un maillot. On peinait à voir sa poitrine chercher un souffle d’air, mais aussi on n’en décrochait pas son regard.
    
    Elle savait, par pure intuition, que son voyeur à la longue-vue était au nombre des types qui s’accrochaient au bar en matant les filles, en lançant des œillades qui oscillaient entre désir et fantasme. Bref.
    
    C’est lorsqu’elle fit le constat d’avoir oublié d’enfiler une petite culotte, que Sabine refit le chemin en sens ...
    ... inverse.
    
    Debout devant la lucarne, elle oublia le bar et se saisit de ses pinceaux. Son téléphone antique posé à même le sol la fit sortir de sa concentration.
    
    — Oui, Landie ! Oui, Landie, oui Landie !
    
    Sur ces trois affirmations teintées de joie sincère, elles convinrent du rôle matériel et logistique que chacune des filles apporterait pour la préparation de leur réveillon de Noël.
    
    Après, Sabine passa une blouse sur son buste nu et espéra entrer pleinement dans l’espace visible du faisceau de son admirateur.
    
    Vitalie était conférencière pour le compte de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et ses interventions l’obligeaient à une tenue réglementaire, stricte et sobre autant que devait l’être son propos.
    
    Sortie de son rôle didactique des lourdeurs de l’Histoire, elle laissait ses bras et ses jambes visibles, véritables fresques tatouées par Boulle qui avait ouvert dans le 15e une boutique grande comme un mouchoir de poche où elle exposait également des couteaux artisanaux dont les hipsters raffolaient.
    
    Lorsqu’elle sortit de l’amphithéâtre où elle avait tenu conférence, elle gagna le vestiaire et, soigneusement plié, changea son uniforme pour une jupette plissée sous un manteau de surplus, refit sa coiffure à laquelle elle intégra des extensions, posa un galurin sur sa tête et lança son sac sur le dos avant de s’engouffrer dans la première rame de métro qui la conduirait jusqu’au bar de Sabine.
    
    C’était l’invariable trajet qu’elle effectuait et qui la rendait ...
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