1. Un brin d'éternité


    Datte: 23/06/2026, Catégories: #nonérotique, #romantisme, #rencontre, fh, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    ... l’initiative :
    
    — Laissez-le. Il fait ce qu’il peut pour s’en sortir. Comme nous tous.
    
    Il força un rire. Sortit un billet de vingt.
    
    — Allez, c’est ma tournée… de muguets.
    
    Stupéfaction. Les autres le regardaient comme un étranger. Aucun ne broncha.
    
    Une fille attrapa un brin, le porta à son nez.
    
    — C’est la première fois qu’on m’en offre…
    
    Puis elle lança à son copain :
    
    — Et c’est pas toi, espèce de nase.
    
    Les autres suivirent, une à une. Leurs mecs ne savaient plus où se fourrer. Il ne resta bientôt plus qu’un brin.
    
    La fille en face de lui le lui tendit.
    
    — Pour toi… Garde-le. Ça te portera peut-être chance. T’as l’air d’en avoir besoin.
    
    Le lendemain, il traînait les pieds dans les couloirs de l’hôpital, le seau à la main, le manche de la serpillière usée dans l’autre. Rien n’avait changé… sauf le petit cornet de papier transparent, un peu froissé, qu’il avait glissé dans sa poche : le brin de muguet. Il ne savait même pas pourquoi il l’avait gardé. Encore moins pourquoi il l’avait mis dans l’eau pendant la nuit. Peut-être pour qu’il tienne. Peut-être juste pour s’imprégner, en secret, de son parfum léger.
    
    Il l’aperçut à l’étage, près de la baie vitrée. Seule, comme la veille. Le foulard toujours noué sur sa tête. Elle regardait dehors, les yeux posés sur un coin de ciel qu’il ne voyait pas.
    
    Il s’approcha, pas très sûr de ce qu’il faisait là. Lorsqu’elle tourna la tête vers lui, il lança :
    
    — Eh, t’es perdue, sœur Teresa ?
    
    Le ton ...
    ... était moqueur, un peu trop fort. Un réflexe de défense. Sa carapace de gros dur.
    
    Elle le fixa. Un regard calme, sans ironie. Mais sans indulgence non plus.
    
    — C’est quoi ce foulard ? T’as piqué celui de ta grand-mère ? fanfaronna-t-il, bêtement, incapable de trouver d’autres mots pour se sortir de l’impasse où il s’était fourré.
    — Non, dit-elle tranquillement. C’est la chimio qui m’a volé mes cheveux.
    
    Il encaissa. Comme un coup dans le ventre. Plus un mot.
    
    Alors, presque maladroitement, il sortit le muguet de sa poche.
    
    — J’sais pas si… Enfin. C’est pour hier. Pour le sale con que j’ai été… et que je suis encore un peu aujourd’hui.
    
    Elle prit le brin, couvert de ses petites clochettes blanches, entouré de ses longues feuilles vertes. Elle l’approcha de son visage, en respira le parfum léger. Un sourire discret naquit au coin de ses lèvres.
    
    — Tu sais, dit-elle doucement, le muguet…
    
    Elle marqua une pause, puis récita, les yeux posés sur la fleur :
    
    Il la regardait, incapable de dire quoi que ce soit. Quelque chose en lui s’était fissuré. Et dans cette faille, il y avait peut-être, enfin, un peu de lumière…
    
    Le soleil filtrait à travers les voilages blancs de la cuisine. L’odeur du café chaud et des tartines grillées emplissait l’air. Sur un coin de la table, un petit vase accueillait un brin de muguet, offert par son mari.
    
    Elle s’en approcha, une tasse à la main, et s’arrêta. Juste une seconde. Son regard s’attarda sur les délicates petites fleurs ...