1. Un brin d'éternité


    Datte: 23/06/2026, Catégories: #nonérotique, #romantisme, #rencontre, fh, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    ... de le charrier pour le faire réagir. Puis, face à sa mine renfrognée, ils avaient fini par l’oublier.
    
    Depuis il ruminait…
    
    Lui d’ordinaire si bruyant, si prompt à balancer une vanne ou à chauffer les autres pour une embrouille, se taisait. Il se sentait trop serré dans ce bar, dans sa bande, dans ses fringues, dans sa peau.
    
    Il balaya la salle du regard. Les rires sonnaient faux. Même les visages familiers lui paraissaient lointains, vides. Il avait l’impression de flotter au-dessus de la scène, comme s’il observait de l’extérieur cet endroit où il ne trouvait plus sa place.
    
    Que lui arrivait-il ? Ses mains serrèrent son verre à le broyer, comme pour en extraire le malaise qui le tenaillait.
    
    Et soudain, comme un souffle venu d’ailleurs, une image s’imposa à lui : un foulard pâle, un regard droit, sans jugement. Un souvenir furtif, presque irréel, glissé là comme une dissonance douce dans ce bar saturé d’alcool, de sueur et de voix bruyantes.
    
    Il cligna des yeux. La musique battait toujours. Les autres continuaient de rire. Mais lui, il était autre part.
    
    Sous les néons pâles, les cuirs noirs, les maquillages sombres, les piercings, les cheveux décolorés donnaient aux visages un air blafard. Des fantômes, pensa-t-il. Des fantômes qui font semblant d’être vivants.
    
    Cette pensée le déstabilisa. Elle refusa de le quitter. Elle le déprimait. Et, d’une étrange manière, elle lui donnait aussi envie de se réveiller.
    
    — Putain, pour qui il se prend, le basané ? ...
    ... grogna Paulo.
    
    Lui, le rouquin costaud à l’ego aussi percutant que ses poings, se vantait d’être celte pur jus. Tout ce qui n’avait pas la peau aussi blanche que la sienne devenait automatiquement suspect.
    
    Il leva les yeux. Et resta figé.
    
    Un type venait d’entrer. Bruns, les cheveux jais. Vieux sweat élimé, baskets fatiguées. À la main : des bouquets de muguet.
    
    Le contraste était saisissant. Des fleurs délicates, d’une blancheur immaculée, dans ce lieu où l’on venait noyer ses colères et vomir son crève-cœur.
    
    Il ne savait pas pourquoi, mais la vue douce et verte ponctuée de blanc du muguet lui évoqua une chose enfouie. Peut-être une main chaude. Une voix tendre. Un autre temps. Quelque chose qu’il n’avait jamais eu mais à laquelle il avait souvent rêvé.
    
    Le regard de l’inconnu croisa le sien. Il y lut de la résignation. La vraie. Celle qui plie les épaules, éteint les mots et te fait baisser les yeux. Il voulut ricaner, balancer une vanne. Mais un nœud invisible lui serra la gorge. Rien ne sortit.
    
    — T’as d’la merde dans les yeux ou tu nous prends pour des bourges ? lança un autre, goguenard. Tes fleurs pouraves, garde-les pour eux ou fous-les à la poubelle. Sors vite avant qu’on te botte le cul !
    
    La fille d’à côté lui donna un coup de coude.
    
    — Et moi, je vaux pas un brin de muguet peut-être ?
    
    Son regard fusilla son mec. Il détourna les yeux, brusquement penaud.
    
    Le silence tomba, lourd comme du plomb.
    
    Alors il souffla, provocateur, pour reprendre ...