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Un brin d'éternité
Datte: 23/06/2026, Catégories: #nonérotique, #romantisme, #rencontre, fh, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
Il était tout son contraire : grand, habillé et tatoué de noir, agité, la révolte à fleur de peau. Elle, fragile et discrète, toute de blanc vêtue. Un foulard sur la tête. Elle s’efforçait de ne pas se faire remarquer, mais là où elle passait, le chemin semblait s’illuminer un instant. Il travaillait, dans ce centre hospitalier, condamné à réaliser des travaux d’intérêt général. Il enrageait, en frottant le carrelage d’un balai serpillère. Une tâche dégradante à ses yeux. Il aurait préféré être ailleurs, courir les grands espaces, mais il n’avait pas le choix. Alors il rongeait son frein. Il pestait intérieurement contre tous ceux qu’il croisait, qui resalissaient ce qu’il venait de nettoyer. Un travail vain, aussi inutile que toutes les règles auxquelles on lui demandait de se conformer. Il détestait cet endroit trop blanc, trop aseptisé, l’odeur de désinfectant qui flottait dans l’air et les bips amortis des moniteurs médicaux. Tout ici rappelait la misère… celle-là même qu’il essayait de fuir. Dès qu’il l’a vue, la tête voilée, remontant lentement l’immense couloir, en rasant le mur, son regard vindicatif ne la lâcha plus. Empêtré dans sa hargne, il n’imaginait pas que si elle marchait précautionneusement sur la pointe des pieds, au bord du couloir, ce n’était pas pour l’éviter. C’était seulement pour ne pas salir ce qu’il venait de laver. Pour respecter son travail. Mais lui ne voyait que mal ! Son sang ne fit qu’un tour et il l’alpagua d’un ton mordant : — ...
... Hé ma sœur, tu t’es paumée ? Ton hijab t’empêche de voir ou quoi ? ajouta-t-il en ricanant. Elle tourna la tête. Son regard clair – si limpide qu’il crut l’obscurcir de son reflet sombre – le frappa de plein fouet. Il n’y lut ni provocation, ni reproche. Juste une grande tristesse. Il serra le manche à balai jusqu’à s’en blanchir les phalanges. Pour qui le prenait-elle ? Pour un perdant ? Un pauvre type qui faisait pitié ? Il s’apprêtait à répliquer, ses lèvres esquissant déjà une pique assassine dont il avait le secret… Mais elle s’éloigna sans un mot. Pris de court, il resta là, fulminant. Il dissipa sa frustration en frottant rageusement le sol de plus belle. Non pas pour le faire briller mais effacer ce souvenir dont il avait honte. Bien qu’assis entre ses potes, dans leur repaire habituel – un bar miteux aux murs délavés, qui sentait le renfermé – il n’arrivait pas à entrer dans l’ambiance. Pourtant, rien n’avait changé. Toujours la même techno étouffée, les mêmes blousons de cuir râpé, les mêmes cris, les verres s’entrechoquant, les bouteilles de bière qu’on décapsulait à la chaîne. Non, ce qui clochait, c’était lui. Juste lui. Silencieux, légèrement voûté au-dessus de la table, il faisait tourner son verre entre ses doigts, les yeux perdus dans l’alcool, agacé par une sensation qu’il n’arrivait ni à nommer, ni à faire taire. Il n’était pas vraiment là. Il dérivait ailleurs. Et cela le rongeait. En début de soirée, ses potes, surpris, avaient tenté ...