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Être mère, non merci !
Datte: 19/06/2026, Catégories: nonéro, dispute, Auteur: Serafin, Source: Revebebe
... qu’il est en train de dessiner un chien en layette ? — C’est clair pour moi, Madame O’Morfism. L’heure est écoulée. Nous nous revoyons la semaine prochaine, même heure. Prenez soin de vous. *** Une semaine plus tard *** Après échange d’une sobre poignée de main avec le psy, je reprends place dans mon coin de canapé et enlève mes chaussures pour serrer mes genoux contre moi. Maigre protection, quand on dévoile tout ou presque de soi. — Dites-moi, madame O’Morfism, comment était votre semaine ? — Misérable, je réponds sans hésiter. Métro, boulot, sanglots. — Il est vrai que votre rupture est extrêmement récente, et se remettre demande à la fois du temps et du courage. Il me fixe par-dessus ses lunettes carrées ; son regard est chaleureux. J’ai l’impression qu’il essaie de me transmettre du courage. — Préférez-vous raconter votre semaine (je secoue la tête), ou reprendre votre récit (je hoche la tête) ? Nous en étions à l’adoption de Jack, quand vous aviez vingt-cinq ans. — Oui. C’est après que j’ai commencé à vraiment sentir que j’étais différente. ***Quand j’avais 26 ans *** *** — Madame O’Morfism, je me permets de vous interrompre, pour que nous ayons encore le temps de discuter de tout cela. À nouveau, je reviens à la réalité du cabinet aux murs crème, au psychologue et ses petites lunettes. Je me sens vidée d’avoir revécu ces moments. — Cette accumulation, cette insistance de votre entourage crée effectivement une pression forte sur ...
... vous. Ce qui est attendu de vous est clairement énoncé. Est-ce une des raisons qui vous ont poussée à chercher un moyen définitif d’échapper à la maternité ? Je serre plus fort mes genoux contre moi. — En partie, oui. Je n’en pouvais plus de vivre au rythme d’hormones artificielles, à faire des tests de grossesse tout le temps pour être sûre que tout aille bien. Je voulais juste… régler la question. Mais oui, en partie, je voulais me faire stériliser pour dire merde au monde entier. Pour pouvoir répondre à tous les bien-pensants que non, je n’aurai pas d’enfants, même quand je serai grande. Je remarque l’acidité de ma dernière phrase. Le visage du psy est impassible. — Est-ce que vous avez réussi à trouver une ou un médecin qui comprenne votre projet ? — J’ai abandonné. C’est dur de se battre seule, de prendre cinq fins de non-recevoir d’affilées. Et Ben ne voulait pas que je fasse cette opération. Il ne disait rien, mais l’idée le dérangeait fortement. — C’est une opération que vous souhaiteriez toujours faire ? J’ai un rire sans joie. Aujourd’hui est la journée mondiale de l’acidité. — Pourquoi donc ? Ben m’a quittée. Ce serait bien une œuvre divine si je tombe enceinte. Il note, il note toujours. Ou est-ce qu’il gribouille des petits bonhommes et des soleils ? Je me ressaisis. — Oui, je souhaiterais toujours me faire opérer. Ce serait… ancrer dans mon corps ma décision. Ce serait être libérée d’une source d’angoisse. Ce serait être libérée de cette ...