1. Être mère, non merci !


    Datte: 19/06/2026, Catégories: nonéro, dispute, Auteur: Serafin, Source: Revebebe

    Je détaille le psychologue assis dans le fauteuil face à moi. La cinquantaine grisonnante, des petites lunettes carrées, chemise à manches courtes, un calepin sur les genoux.
    
    — Nous pouvons commencer. Quelle est l’origine de votre venue, madame O’Morfism ?
    
    J’enlève mes chaussures et ramène mes genoux contre ma poitrine. Hors de question que je m’allonge sur ce canapé.
    
    — Mon compagnon m’a quittée parce que je ne veux pas d’enfants.
    
    J’ai la voix qui tremble comme une collégienne à son premier chagrin d’amour. Le psy me regarde par-dessus ses petites lunettes, de ses yeux d’un noir intense.
    
    — Vous pouvez pleurer librement ici si vous le souhaitez. Ne vous inquiétez pas, mon rôle est de vous écouter sans jugement. La boîte de mouchoirs est à droite de l’accoudoir.
    
    Tout est prévu dans ce cabinet…
    
    — Votre compagnon vous a quittée parce que vous ne voulez pas d’enfants. C’était donc une incompatibilité de projets de vie ?
    
    Sa formulation neutre me plaît ; je hoche la tête.
    
    — Comme nous ne nous connaissons pas encore, je vous propose de m’en dire plus sur vous, sur votre histoire, avec votre ex-compagnon ou avant.
    
    Ça y est, il faut que je parle. Je prends une grande inspiration.
    
    — Je ne viens pas seulement parce qu’il m’a quitté. Je suis là parce que c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Je n’ai jamais voulu d’enfants, et j’ai le sentiment que je n’ai pas le droit d’exister comme ça. On me traite comme une adolescente immature, ou comme une ...
    ... égoïste.
    
    Les sanglots s’accumulent dans ma gorge, enflent. Je craque et fonds en larmes.
    
    — Je n’en peux plus de tout ça. Je ne veux juste pas d’enfants, et je suis fatiguée de devoir me justifier tout le temps. Et maintenant j’ai perdu Ben à cause de ça.
    
    Le psy se penche et me tend la boîte de mouchoirs, sans un mot. J’en prends une demi-douzaine. Et j’entame tant bien que mal mon récit.
    
    ***Quand j’avais 17 ans ***
    
    ***
    
    — Je me permets de vous interrompre un instant. Ce chien, c’était plutôt le vôtre ou celui de Ben ?
    
    Je sors de mes souvenirs pour revenir à la réalité. Le cabinet aux murs couleur crème, le canapé en simili, le psy dans le fauteuil en face.
    
    — Le mien. Ben aimait Jack, mais c’est moi qui l’emmenais en promenade tous les jours, chez le véto, etc.
    — Donc : vous ne voulez pas d’enfants, mais vous occuper de Jack était un engagement agréable ?
    
    Je souris. Je vois où il veut en venir.
    
    — S’occuper d’un chien, c’est facile : deux promenades par jour, quelques lancers de bâton, des caresses, et des croquettes. Pas besoin de se réinventer tous les jours, ça suffisait pour que Jack soit heureux.
    
    Je revois sa frimousse asymétrique ; il me manque.
    
    — Et puis, on a eu Jack alors qu’il était adulte, voire vieux. Il nous a directement accompagnés pour de belles randonnées, pas besoin de passer par la case « poussette ».
    
    Le vieux bonhomme dans son fauteuil sourit en griffonnant dans son carnet. Est-ce qu’il note tout ce que je dis ? Est-ce ...
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