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Brouillard sur le quai
Datte: 03/06/2026, Catégories: #fantastique, train, Auteur: calpurnia, Source: Revebebe
C’était lundi ; à peine extraite d’un sommeil interrompu trop vite, je marchais indolente jusqu’à mon arrêt de tram quotidien. J’allais retrouver les mêmes habitués de la ligne qu’à l’accoutumée. Ce jour-là, un brouillard d’une épaisseur exceptionnelle recouvrait la ville. Il me fallait, pour ne pas m’égarer, connaître parfaitement le chemin entre mon domicile et cette première étape du trajet. Il était aux alentours de 7 h 30 et tout allait bien, pour autant que tout puisse aller bien avec mon pauvre cœur en marmelade. À partir de ce point, les choses ont commencé à dérailler sérieusement. Je me suis demandé si je rêvais. Mes pensées me semblaient suffisamment stables pour me considérer dans la réalité, et encore aujourd’hui, je me pose cette question, lorsque je suis assise sur le banc habituel. Peut-être, après tout, existe-t-il des univers parallèles où tout est très différent de celui qui nous est familier et qu’il est possible de les explorer d’une manière accidentelle, suite à quelque erreur de câblage dans les fils compliqués du cosmos. Je suis persuadée, sans pouvoir l’expliquer, que c’est ce qu’il s’est passé ce matin-là. La femme que j’avais souvent croisée était là. Son prénom est Mathilde, je crois, pour l’avoir entendu un jour, alors qu’elle téléphonait. Elle se situe entre deux âges, chaque jour élégante et bien coiffée. Elle ne descend jamais avant moi, de sorte que je ne connais pas son lieu de travail que j’ai toujours imaginé de différentes manières, ...
... réalistes ou fantaisistes, en laissant vagabonder mes pensées durant le voyage. Elle ne sourit jamais. Enfin, si, ce jour-là, en me voyant arriver, elle m’a souri pour la première fois, même si je distinguais à peine son visage. Je lui ai retourné son sourire. Puis je me suis assise sur le banc, près d’elle, sur sa gauche : ma place attitrée. L’afficheur numérique, qui était censé indiquer l’heure du prochain passage, restait muet. Les minutes ont passé. 7 h 40. 7 h 45. 7 h 50. Un soleil très pâle se levait, je le devinais au bout du boulevard, tout en lui trouvant quelque chose d’étrange. En y repensant, j’ai découvert ce qu’il n’allait pas : il se situait à l’ouest. Ou alors, je ne me repérais plus dans ma ville natale. J’ai commencé à m’inquiéter, à cause de la ponctualité requise dans mon emploi. J’ai voulu me renseigner au moyen de l’application de la compagnie de transports publics, mais mon téléphone portable ne captait aucun signal. Je me suis demandé si l’apocalypse nucléaire n’était pas en train de se dérouler dans le monde – oui, je suis toujours prompte à envisager le pire. Mais autour de nous, toutes sortes de véhicules circulaient et des passants avançaient sur les trottoirs, l’air de rien, comme d’habitude. Des enfants inscrits à l’accueil périscolaire de l’école voisine crient dans la cour, juste à côté. 7 h 55. J’ai remarqué, sur le même banc, mais un peu plus loin, l’homme au col roulé. J’avais fini par l’appeler comme ça dans ma tête, parce qu’il était ...