1. Novembre


    Datte: 31/05/2026, Catégories: #réflexion, #drame, #rencontre, #nostalgie, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    ... un souffle de vie, entre les pages, des dessins au stylo, des taches de café, des notes griffonnées à la va-vite, des bouts de leur vie.
    
    Elle s’attachait à ces traces, elles étaient devenues sa bouée, son lien avec lui.
    
    Elle se rappelait de leur premier café, de leurs maladresses, de la façon dont il essayait de cacher ses mains froides dans ses poches. Les après-midi passés à regarder des films qu’ils n’aimaient pas vraiment, juste pour rester ensemble. Les longues promenades le long des quais, parlant de choses insignifiantes et pourtant essentielles. Chaque petit souvenir revenait comme un écho. Le rire qu’il avait, lorsqu’un chien traversait leur chemin, la façon dont il plissait les yeux au soleil, la tendresse avec laquelle il insistait pour lui raconter sa journée.
    
    La vie n’avait plus d’odeur. Les cafés lui semblaient fades, les rues muettes, le vent trop froid. Elle a conservé son écharpe. Il y restait encore un peu de lui, le parfum du tabac blond, du savon, et de la laine qui a trop vécu. Chaque soir, elle la serrait contre elle, espérant que le tissu la réchauffe comme ses bras avant.
    
    Elle revient souvent sur cette terrasse. Le serveur a changé, les tables aussi, ...
    ... mais la lumière des lampions est la même. Le vent emporte les rires et la fumée des cigarettes.
    
    Elle commande un café noir, sans sucre, comme il le prenait. Le goût est fort, presque brûlant, et ça la ramène à lui, plus sûrement que n’importe quel souvenir.
    
    Autour d’elle, la vie continue, le cliquetis des verres, le froissement des journaux, le grésillement du chauffage de terrasse. Et elle, elle respire tout cela, profondément. Chaque son, chaque odeur, chaque frisson devient un lien invisible vers lui.
    
    Elle ferme les yeux. Dans la chaleur du café entre ses mains, elle sent encore la chaleur de sa peau. Dans le murmure du vent, elle entend son rire. Et dans la lumière des lampions, elle voit la promesse silencieuse qu’il lui avait faite, avant de perdre connaissance sur ce trottoir, « Tu vivras pour deux. »
    
    Elle se lève, dépose une pièce sur la table, sourit au serveur. Le ciel est lourd, mais une étoile perce à travers la brume. Elle lève les yeux. Une larme roule sur sa joue, mais elle sourit.
    
    Elle marche lentement, ses pas résonnant sur les pavés. L’air sent la pluie, la ville, la vie.
    
    Et elle se dit, simplement :
    
    « Je me souviens. Et c’est ainsi que je continue ». 
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