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Novembre
Datte: 31/05/2026, Catégories: #réflexion, #drame, #rencontre, #nostalgie, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... d’eux et de la façon dont ils étaient toujours collés l’un à l’autre. Les inséparables, c’était leur surnom. L’air était doux pour un mois de novembre. Les verres s’entrechoquaient, les conversations dansaient autour d’eux. Le parfum du vin rouge, du pain chaud, et des frites qu’on partageait avec les doigts emplissait l’air. Elle se souvient du goût du sel sur ses lèvres, de la chaleur du verre entre ses mains, du grain du bois sous ses doigts. Il est sorti sur le trottoir pour fumer. Elle l’a suivi. Il lui a raconté une blague avant d’écraser sa cigarette dans le cendrier. Puis, tout a changé. Son regard s’est assombri d’un seul coup. Il l’a attrapée par le manteau et la projetée contre une chaise. Elle ne comprenait pas. Qu’est-ce qu’il lui arrivait ? Et ce regard noir… Il s’est placé devant elle. Puis il y eut un bruit sec, irréel, une déchirure dans la musique du monde. Et elle a vu. Ils remontaient la rue, ils avaient des barbes et des Kalachnikovs. Et ils tiraient sur les gens dans la rue, sur les terrasses. Elle se souvient du souffle chaud du vent contre sa nuque, du fracas des chaises qui tombaient, du cri des verres brisés. Elle se souvient de sa main serrant la sienne, de son regard, une fraction de seconde avant qu’il ne bouge. Il l’a couverte de son corps. Elle a senti la pression de ses bras, l’odeur de sa peau, le goût métallique de la peur dans sa bouche. Et puis le silence, lourd, absolu, presque sacré. Le monde s’est arrêté là, entre deux ...
... battements de cœur. Elle se souvient d’avoir eu le temps de sentir la peur avant de la comprendre, le temps de voir son visage se transformer, une fois l’incompréhension passée de comprendre qu’il allait tout faire pour la protéger. Et il l’a fait. Il s’est jeté devant elle. Elle n’avait jamais vu le courage ainsi. Jamais. Tout s’est passé en un instant, et pourtant, chaque détail est gravé. Les gens qui couraient, le parfum de la nuit mêlé à la fumée, les éclats de lumière des lampions qui tombaient sur le sol, et lui, qui la couvrait de son corps. Quand le silence est revenu, la terrasse était devenue un autre monde. Elle était seule, avec le vide, le souffle coupé et la mémoire pleine de lui. Quand les secours sont arrivés, ils n’ont pas pu le ranimer. Il est mort sur le trottoir. C’était la soirée du 13 novembre 2015, à la terrasse du bar « La Belle Équipe ». Les jours qui ont suivi furent un brouillard. Les mots semblaient étrangers, le monde, irréel. Elle se souvenait de ses gestes, de son sourire, de la façon dont il déposait toujours sa main sur le dossier de sa chaise lorsqu’il voulait lui parler sérieusement. Elle relisait ses messages, ses notes, chaque fragment de lui qui subsistait dans le quotidien. Il y avait ce carnet qu’il avait laissé sur la table : « Pour toi, quand tu veux sourire et pleurer en même temps ». Elle l’ouvrit, et y trouva des citations, des petites phrases griffonnées en marge, des dessins maladroits. Chaque mot était comme ...