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Pour entrer, frappe trois fois
Datte: 27/05/2026, Catégories: #drame, #érotisme, #horreur, #fantastique, #volupté, #rupture, Auteur: majaas, Source: Revebebe
Le manoir, déniché entre deux sentiers oubliés du Vercors, se trouvait au fond d’une cuvette où la brume ne se levait qu’à midi, à une heure de la première boulangerie et plus loin encore de toute 4G. Parfait. Élise gara sa voiture, coupa le contact, et soupira. Elle fuyait un homme qu’elle n’aimait plus, les réunions qui s’enchaînaient, les alertes qui la dévoraient. Elle voulait juste qu’on lui foute la paix et cet endroit semblait savoir tenir les gens à distance. La bâtisse du XIXe, sombre et droite, se dressait sur quatre étages. Une façade usée, des fenêtres hautes aux rideaux opaques. La porte d’entrée grinça à peine, une clochette tinta au-dessus, et une voix venue d’on ne sait où. Élise sursauta. Une femme – la soixantaine, mince, cheveux argentés tirés en chignon, un regard vif derrière des lunettes demi-lune – surgit presque aussitôt. — Bienvenue chez nous. L’air sentait la mousse, les murs respiraient les siècles : naphtaline et suie polie. — Bonsoir. Je suis… Élise. J’ai réservé par mail. — Bien sûr. Je vous ai vue arriver depuis la fenêtre du palier. Vous dormirez dans la 209, elle sait recevoir. Elle tendit une vieille clé métallique. — Le petit déjeuner est servi jusqu’à neuf heures. Si vous entendez frapper, ce n’est pas moi. J’ai le sommeil lourd. Et elle disparut. Un escalier en colimaçon, étroit, usé, attendait Élise. La rampe était tiède, comme si une main venait de s’y poser. Des murs couverts de photos en noir et blanc, des ...
... paysages embrumés, des couples plus vivants que nature, figés dans le papier. À chaque marche, une odeur de pierre humide remontait des plinthes. La chambre était au bout du couloir et donnait sur la forêt. Le 9 était bancal, elle le réajusta et entra. Un fauteuil en velours rouge, sur la table de nuit, un vieux miroir biseauté. Au pied du lit, le parquet présentait une cicatrice circulaire, une auréole plus sombre, comme si quelque chose avait tourné à cet endroit précis des années durant. Élise posa son sac et ouvrit la fenêtre. L’air était humide, chargé de silence. Un craquement dans son dos, elle se retourna brusquement, sourit, se traita d’idiote et referma. Mais, alors qu’elle se déshabillait, une chaleur lui parcourut la colonne vertébrale. * La nuit s’était abattue sur le manoir. Élise prit une douche dans la vieille baignoire sur pieds. L’eau chaude mit une éternité à arriver et, quand elle sortit enfin, un voile envahit le miroir. Elle y traça un sourire du bout du doigt. La buée refusa de s’uniformiser au centre, gardant une verticale mince, obstinée, qui séparait le motif en deux. La condensation se dissipa lorsqu’elle approcha son visage. Allongée, elle feuilleta un roman sans rien retenir. Elle connaissait l’angoisse des trajets nocturnes et des parkings vides. Ici, c’était autre chose. Vers minuit, elle éteignit : esprit fatigué, peau électrique. Trois coups, étouffés, tombèrent sous le sommier. Le bois exhala une haleine tiède, brève. Le matelas ...