1. C'est une belle journée


    Datte: 21/05/2026, Catégories: grp, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    Le principe de multiplicité dont je prône depuis beau temps les vertus, m’a quelque peu échappé. Je ne me sens pas en accord avec mes propres inclinaisons. Aussi y remédier ne saurait tarder. Multiple et fugace, voilà ce qui me va. Dans ce que j’intitulais mes instantanés, je relatais ses imprévus, cocasses, enivrant, parfois décevant. Il faut aussi intégrer cette idée qu’une sortie peut ne pas trouver l’écho escompté. Ma facilité n’est pas celle des autres, mon aisance n’est pas dans le champ des possibles pour d’autres.
    
    Parfois pour ma satisfaction et mon confort moral, j’aime que mon escapade demeure vaine et plate. Et si la multiplication des petits hasards sensuels faisait le grand tout de nos frissons intimes ? Quand le sexe se fait sur un simple clic, on peut penser, sans pour cela être un passéiste, sans hostilité pour les formes modernes de la rencontre, on peut penser qu’une manière d’échange presque indicible, souterraine est aussi une composante de certaines vies.
    
    Aussi étrange que cela puisse paraitre les lieux dédiés au sexe sont parfois source de lassitude. Pour ma part, peu friande des clubs échangistes, je leur préfère les sexshops sordides vieillots. J’aime me savoir militante d’un monde qui peu à peu disparait sous la vague accessible de la pornographie domestique et virtuelle.
    
    Bien sûr, l’on y rencontrera quelques jeunes hommes, mais si peu au final. Entendons-nous bien, je ne parle pas ici des supermarchés du sexe où le chic veut que l’on s’y ...
    ... rende en couple comme on fait ses emplettes au magasin de proximité. Non, mon action militante va vers ces échoppes aux néons rouges, frémissants sous un voltage approximatif. On y entre en voleur de temps tout comme si, suivi par un agent de la CIA, on cherchait à disparaitre.
    
    Certains diffusent encore en cabine de vieux nanars allemands désopilant et réjouissant. J’y entre et en ressors comme d’une exposition dont les tableaux m’indiffèrent ou pas. Ici on peut frôler un sexe en cuir, là une série de menottes policières. Pas de blister, la main touche. Voilà je suis passée. Bien sûr on a effleuré mes fesses, braqué ses yeux sur mes seins dans l’étroitesse des rayonnages, ce fut là le folklore.
    
    Mais toutefois ne négligeons pas le commerce de proximité car à quelques pas de ma ruelle Santos, j’y ai trouvé une petite perle de sensualité.
    
    Qu’il manquât à mon plat du jour, quelque condiment, que la menthe fraiche de mes mojitos ne le soit plus, fraiche, et me voilà presto à la porte de la supérette. L’œil affuté du patron de l’établissement aiguillonne parfois mon désir. J’y entre et me voilà dans l’intemporalité. Le cheveu plaqué et rare, la blouse grise, desClark informes aux pieds, le petit homme n’a rien du bellâtreWhat Else dont il vend le café. Mais tout dans son œil respire cet irréfrénable besoin de séduire ses clientes, toutes ses clientes. Pareils à de grands rétroviseurs circulaires, les miroirs plastifiés et bombés de son échoppe, le font apparaitre à chaque ...
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