-
La Wivre du Mont Beuvray
Datte: 21/05/2026, Catégories: #merveilleux, fh, cadeau, inconnu, bain, forêt, campagne, caresses, Auteur: Mlle Fanchette, Source: Revebebe
... sous la roche. Une telle créature était un sujet parfait pour une illustration pleine page dans le recueil qu’il projetait avec Achille Millien… La description de Bulliot avait été pour le moins sommaire, mais les enfants des environs s’étaient fait un plaisir de l’étoffer en gardant les cochons. Du bout de sa mine de plomb, le folkloriste traça d’abord le corps sinueux d’une bête à la langue fourchue et aux attitudes belliqueuses, ses longues ailes noires la rendant plus imposante encore. Il grimaça devant le résultat. Non, la Wivre devait être différente de ça… Il reprit une page vierge et recomposa totalement son croquis, adoucissant quelque peu l’attitude et la silhouette tout en demeurant fidèle aux descriptions qui lui en avaient été données. Quelque chose n’allait pas… Il reprit une nouvelle fois son ouvrage, puis encore une autre… Il tenta ainsi à maintes reprises, mais la Wivre se dérobait, chacun de ses dessins sonnait faux. Ordinairement, lorsqu’il peinait ainsi, il renonçait et s’attaquait à d’autres travaux. Après tout, cette légende quoique fort intéressante, ne revêtait pas d’importance particulière… Alors pourquoi la roche hantait-elle ses rêves ? Pourquoi s’acharnait-il à vouloir percer ses mystères ? Même lorsque les premières gelées le firent suivre Bulliot jusqu’à Autun, même quand il rencontra les érudits de la Société Éduenne des Lettres, Sciences et Arts, même quand il explora les richesses antiques et médiévales de la ville, son ...
... obsession ne le quittait pas. Invariablement, en marge de ses notes, de ses croquis, de ses recherches, la Wivre étirait sa silhouette serpentine sans jamais se laisser saisir vraiment. Peu à peu, elle emprunta aux queules leur silhouette élégante, se drapa dans la robe d’Ève, plus humaine et gracieuse à chaque esquisse. Léopold ne s’attarda pas et il poursuivit bientôt son chemin, arpentant les routes morvandelles de village en village, collectant auprès des vieux qui ne racontent qu’à la nuit tombée. Invariablement, il les interrogea sur la Wivre et chacun lui donna sa version de la légende. Dans l’une de ses lettres, Mathilde s’étonna même du nombre de versions qu’il collectait. Pensait-il se servir de cette abondance pour faire quelque parallèle avec la fée Mélusine et d’autres serpentes ? Piqué par la remarque, le folkloriste ne lui en parla plus, mais au mois de décembre, il s’installa à Saint-Léger-sous-Beuvray. La veille de Noël, il s’activa avec ses hôtes pour préparer la fête : taille de la bûche, accrochage de feuillages… Il écrivit à sa sœur, défroissa son costume du dimanche et s’assura que les quelques oranges qu’il avait fait venir pour ses hôtes étaient bien conservées. Il ne se sentait pourtant pas le cœur à la fête sans se l’expliquer vraiment, comme s’il n’avait pas été à sa place. Dans l’après-midi, il coiffa son chapeau et sortit. Il avait besoin de solitude. La forêt l’appelait. Il s’étira avec délice dans l’air vif et s’éloigna d’un bon pas sur ...