1. La Wivre du Mont Beuvray


    Datte: 21/05/2026, Catégories: #merveilleux, fh, cadeau, inconnu, bain, forêt, campagne, caresses, Auteur: Mlle Fanchette, Source: Revebebe

    ... le chemin creux qui se perdait entre les châtaigniers. Un épais manteau de brume noyait le paysage, laissant des cristaux humides à chaque branche, à chaque feuille. Le givre s’en emparait aussitôt, changeant le lierre en houx et la feuille morte en pampille d’argent.
    
    Léopold plongea dans ces bois irréels, écoutant le craquement du gel sous ses pas avec un plaisir d’enfant. Son humeur s’allégea encore quand il songea à Mathilde. Elle clamait toujours que, par un temps pareil, il n’y avait rien d’autre à faire que de se cloîtrer au coin du feu avec un bon livre en attendant le printemps, que seuls les imbéciles et les fous s’aventuraient dans pareille purée de pois !
    
    Le folkloriste nourrit la brume du souffle de son rire. Sa folie lui plaisait. Il la poussa même à marcher sans repère seulement guidé par les ondulations de gracieuses volutes ou l’éclat des doigts griffus de l’hiver. Dans le calme irréel, quelques craquements résonnèrent, le faisant se retourner subitement. Une silhouette parée d’épais coton l’attira. Il grimpa vers elle. Ce n’était qu’une vénérable queule dont le bois jouait sous le froid.
    
    Il sourit de son étourdissement. Allons bon ! Sa propre imagination lui jouait des tours maintenant… Il s’en amusa avant de jeter un œil à sa montre à gousset. Bien, il fallait être raisonnable, regagner le village, changer de costume, chasser le froid qui peu à peu s’insinuait à travers la laine de son manteau. Il était temps de rentrer.
    
    Il tourna sur lui-même en ...
    ... quête de repère. Hélas, le constat fut sans appel : perdu. À jouer les promeneurs romantiques, il s’était bel et bien perdu.
    
    Il reprit néanmoins la route, résolu à suivre les chemins : si tous ne mènent pas à Rome, ils vont bien quelque part ! Il plongea dans la brume, l’œil à l’affût du moindre indice pour s’orienter.
    
    De mystérieuses formes l’interpellèrent sans bruit pour se dissoudre quand il pensa les saisir. Les langues de brumes s’enroulaient autour de lui, ses sens l’égaraient. L’obscurité se resserra sur lui, il pressa le pas, mais le sentier lui-même se déroba. Il évoluait désormais à travers bois, quelque part entre humus et nuage, entre fantasme et réel… sans pouvoir retrouver son chemin. Il tourna en rond, revint sur ses pas sans rien reconnaître, s’égarant un peu plus chaque seconde.
    
    Soudain, la brume se déchira.
    
    Dans les dernières lueurs du jour, le Rocher de la Wivre se tint là, dominant Léopold dans sa robe de givre et de lichens. Le folkloriste y vit d’abord un ancrage de granit qui le rassura. Il savait désormais où il se trouvait, rentrer serait plus facile…
    
    Mais… que faisait-il là si tard en plein hiver ? La nuit tombait, la brume avait déjà avalé les voiles d’or du soleil. Allons, il fallait courir vers la vallée, revenir vers le monde des Hommes. Ce soir à la veillée, les cantiques du pays seraient chantés en chœur, une occasion merveilleuse de collecter.
    
    Pourtant, il resta là, debout, immobile, insensible au froid, le regard levé vers ...
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