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La Wivre du Mont Beuvray
Datte: 21/05/2026, Catégories: #merveilleux, fh, cadeau, inconnu, bain, forêt, campagne, caresses, Auteur: Mlle Fanchette, Source: Revebebe
... pairs hostiles en revendiquant l’étude du Mont Beuvray et en affirmant qu’il abritait Bibracte. Dix ans à batailler avant qu’enfin l’empereur le missionne. Mais depuis, quelle joie de tracer les plans d’une ville qui avait marqué l’Histoire ! Tout à ses souvenirs, il rejoignit la porte du Rebout pour reprendre le chemin de son cher chantier, abandonnant le folkloriste à ses légendes. Léopold dut s’endormir, car Joseph le réveilla alors que le soleil disparaissait derrière les collines. Il resta un moment désorienté tant son sommeil avait été profond. Son réflexe premier fut de porter la main à ses lèvres. Elles lui semblaient étrangement gonflées comme s’il avait embrassé jusqu’à perdre haleine. À l’évidence, il avait rêvé, mais ne gardait aucun autre souvenir que le goût de châtaigne qui s’attardait sur le bout de sa langue. Il se tourna vers la roche, mû par un sentiment étrange. — Eh bien, se moqua Déchelette. L’air pur vous aurait-il assommé ? L’intéressé mit un temps à répondre, peinant à reprendre ses esprits. — Il semblerait, mon ami… — Venez donc vous sécher, l’Automne n’est plus très loin, vous risquez d’attraper la mort. Léopold acquiesça mollement en tirant sur le bras de son compagnon pour se redresser. Au moment de quitter la clairière, il se retourna. Une silhouette pâle dominait le rocher. Le temps d’un battement de cils, elle avait disparu. Le folkloriste secoua la tête avant de suivre Joseph. Décidément, il avait eu un sommeil ...
... étrange. Son compagnon le mena jusqu’à l’Hôtel des Gaules sur le parc aux chevaux. Cette petite maison au toit de chaume ne servait à Bulliot et son neveu que durant l’été pour ses campagnes. Celle de cette année tirait à sa fin : encore trois semaines tout au plus, puis l’oncle et le neveu rejoindraient leurs pénates respectifs. Pour Léopold en revanche, la saison ne faisait que commencer : avec le froid et les nuits interminables, venaient les veillées au coin du feu et la voix chaude des vieux. Il profita encore quelque temps du confort spartiate de la chaumière pour interroger les ouvriers et faire des croquis de l’extraordinaire forêt que les fouilleurs attaquaient pour faire sortir de terre les antiques vestiges de l’oppidum. Léopold consigna les formes élégantes des gueules, ces hêtres tressés et tordus par la main de l’homme pour délimiter parcelles et chemins. Leurs formes variées le fascinaient, surtout les plus anciennes : il lui semblait parfois reconnaître un majestueux dragon ou une femme vêtue d’une robe verdoyante de mousse moelleuse, sa chevelure se parant des teintes chaleureuses de l’automne… Il passa de longues heures assis seul dans l’herbe drue de la clairière près du Rocher de la Wivre. Souvent, un regard lui picotait la nuque, un voile lui passait devant les yeux sans qu’il n’en comprenne l’origine. Secouant la tête, il se reprochait sa distraction et reprenait son ouvrage : donner corps à la mystérieuse créature qui, selon la légende, sommeillait ...